‹ Marcel (volume 2)Chapitre 112 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

vers eux pour les séparer ; mais il était déjà trop tard : un coup imprévu et terrible avait envoyé le comte tomber à l'autre bout de la chambre.

— Voilà, s'écria Marcel avec une orgueilleuse fureur, comment les enfants de ma sorte traitent les hommes de la vôtre.

Tout le monde s'attendait à une lutte; mais le comte se releva avec le })lus grand calme, et, s'adressant à Marcel, qui le provoquait du regard :

— Les rôles sont maintenant changés, monsieur, lui dit -il. C'est moi qui ai reçu la leçon ; c'est vous qui devez la réparation : veuillez laisser votre adresse chez le concierge de l'hôtel ; j'aurai l'honneur de vous envoyer deux de mes amis.

Et il salua Marcel pour prendre congé de lui ; les nobles natures ont l'instinct du bon goût : Marcel rendit au comte son salut, s'inclina profondément <levant la comtesse, et sortit sans prononcer une parole.

Le comte et la comtesse gardèrent quel-

que ttiinps ie silence , livrés , l'une à une éniotion violente, l'autre à de profondes réflexions.

— Veuillez, madame , dit enfin le comte, recevoir mes très-humbles excuses pour l'emportement auquel je me suis abandonné et pour la scène dont je vous ai rendue témoin ; ce sera la dernière fois que vous aurez à vous plaindre de moi.

Il salua, se rendit dans son appartement, fit remplir une malle de linge et d'habits, brûla une partie de ses papiers, mit le reste dans son portefeuille , choisit parmi ses bijoux ceux qui dataient de sa vie de garçon , prit chez le concierge l'adresse de Marcel, monta dans un fiacre avec son bauaue, et s'en alla sans dire où.

Après s'être assuré qu'on ne l'avait pas suivi, il se fit débarquer dans un hôtel garni, oii il loua une modeste chambre ; de là il se rendit chez le plus intime de ses amis, et lui raconta mot pour mot tout ce qui venait de se passer. Puis il ajouta :

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