‹ Marcel (volume 2)Chapitre 113 sur 128 · TROISIÈME PARTIE. 25t · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 25t

— Vous concevez , mon cher, qu'il ne peut plus y avoir rien de commun , le nom malbeureusementexcepté, entre madame la comtesse de Barjols et moi. Il ne me reste pour toute fortune qu'un très-maigre majorât; avec mes goûts et mes habitudes, je n'en aurais que pour deux mois par an : le reste du tenifis serait embarrassant, vous l'avouerez , pour un homme qui tient à ne pas se déshonorer, il faut que je fasse quelque chose. Or je ne suis bon à rien qu'à la guerre ou à la diplomatie , et ma position me défend de servir le gouvernement de juillet; j-^ suis donc obligé de m'exiler : je prendrai du service en Russie ou auprès de Don Carlos, selon les circonstances. Voilà pour l'avenir, et je vais m'en occuper tout de suite; quant au présent, je veux dire quant à cette absurde affaire, ayez la bonté de vous en charger.

— Volontiers , lui répondit son ami, quoi- ({ue je regrette de n'avoir pas un meilleur

service à vous rendre. Qiieiles sont vos intentions vis à vis de ce jeune fou?

— Les moins féroces du monde ; malgré tout le tort qu'il me cause , je ne lui en veux pas : il a sauvé la vie à madame de Barjols, il Paime, il s'en fait aimer; c'est tout simple. Il a joué son rôle d'amoureux comme j'ai joué mon rôle de mari ; seulement le sien valait mieux. J'ai eu lasotlise de le provoquer; il s'est posé en héros : rien de plus naturel encore et de plus l'acile à prévoir. Au diable la colère qui m'a fait perdre la tête ! Ce n'est pas la faute de ce garçon ; quoique ayant reçu la plus grave offense, c'est au fond moi qui ai tort : je me contenterai donc de la moindre réparation. J'ai assez et trop fait mes preuves pour que l'on attnbue ma modération à la lâcheté. D'ailleurs, si quelqu'un n'est pas content, il n'aura qu'à le dire , et je me charge de le salisfiiire. Je serais désolé de verser le sang de cet enfant, quoique après tout il ait la poigne rude pour son âge. Voici donc ce

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que je vous prie de faire : rendez-vous auprès de lui avec un de nos amis que je vous dépêcherai demain matin, et demandez-lui des excuses. S'il veut en faire, tant mieux; mais j'en doute : il a de l'œil , ce petit bonhomme , et je lui crois du cœur. S'il refuse un accommodement, arrangez l'affaire avec ses témoins pour après-demain matin. Vous avez incontestablement le droit de choisir les armes et le genre de combat ; j'ai été frappé : prenez le pistolet. On nous placera à quarante pas, avec la faculté de marcher jusqu'à dix. Il ne connaît pas le terrain et péchera probablement par le sang-froid ; je lâcherai de le faire tirer vite et de loin. S'il me manque , comme je l'espère, je lui souhaiterai le bonjour; voilà l'affaire.

— Mais s'il marche sur vous?

— Oui, à propos. Dame, je verrai. Certainement je ne veux pas me laisser tuer comme un moineau ; et s'il s'approche par trop, ma loi, tant pis pour lui; mais je ne

tirerai qu'à la dernière extrémité et à mon corps défendant.

1 Le comte ne s'arrêta pas aux observations que lui fit son ami sur le danger d'une pareille résolution, et le quitta après avoir pris rendez-vous avec lui pour le lendemain.

Marcel, de son côté, avait fait part à M. Jacquin de ce ijui venait de lui arriver, en le priant de lui servir de second. Ce récit et cette proposition excitèrent dans l'âme du vieux militaire une foule de sentiments contradictoires. Il était à la fois fier du courage de son élève, inquiet du péril auquel il s'était exposé, et effrayé delà responsabilité qui allait peser sur lui-même.

— Diable! hum! faisait-il tour h tour, c'est grave, très-grave! Un homme qui a servi, c'est toujours dangereux. Après cela, je sais bien qu'un officier de la restauration ce n'est pas le Pérou ; mais enfin ! . . . — Comment! tu l'as renversé d'un coup de poing? Voyez-vous cet enragé-lii ! — Mais lu as donc le diable au corps, malheureux !

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