TROISIÈME PARTIE
sanle dans la haine qu'il portait h son adversaire; et il avait plus de peine à se défendre de l'exaltation que de la faiblesse.
Le déjeuner fini, les deux amis allèrent au tir de Lepage. Ils y trouvèrent le comte, que son ami avait entraîné pour la même raison que M. Jacquin y menait l^Iarcel. Le comte avait déjà le pistolet à la main, et ne voulut point paraître déconcerté par la présence de son adversaire. 11 fut même bien aise de déployer son adresse devant lui, espérant l'effrayer et l'amener à un accommodement qu'il désirait toujours. La mauvaise saison rendant les amateurs plus rares, il n'y avait qu'une salle d'ouverte et un seul garçon de service. Force était donc à Marcel de se retirer tout à fait ou d'assister aux exercices du comte. Le sentiment des convenances le faisait pencher pour la retraite , mais un mot du commandant le fit changer d'idée.
— Restons, lui dit celui-ci à l'oreille, ou nous aurions l'air de reculer.
Elle était étrange et terrible, la situation de ces deux hommes qui allaient s'essayer l'un devant l'autre à la mort l'un de l'autre. Mais ni eux ni leurs témoins ne semblèrent faire attention : tant l'emporte sur les sentiments naturels ce sentiment factice qu'on appelle l'honneur !
Le comte tira une demi-douzaine de balles qui lui restaient dans un carton déjà percé en plusieurs points. Quand il eut fini, le garçon alla chercher le carton et compta les trous. Il y en avait douze, juste le nombre des balles envoyées, et tellement rapprochés les uns des autres, qu'ils eussent tenu dans une main. Le comte jela le carton dans un coin, paya sa dépense et se retira en arrière avec son ami. «
— On nous a regardés faire, lui dit celui-ci à voix basse , je crois que nous pouvons regarder à notre tour.
— Ma foi, oui, répondit le comte de même. De cette façon tout le monde saura à quoi s'en tenir.