TROISIÈME PARTIE
Pendant ce temps, M. Jacquin disait à Marcel, après avoir demandé au garçon une douzaine de balles :
~ Il n'y a pas à tortiller, notre homme tire bien ; il faut le démoraliser en lui montrant qu'on tire mieux que lui. Va en douceur, laisse-toi surprendre par le coup, tu sais? Surtout, de l'aplomb; de l'adresse, tu en as de reste. Tire la mouche, c'est ce qu'il y a de plus brillant, et lais-moi une belle plaque.
En effet, l'habitude de tirer en plein air avait donné à Marcel un coup d'œil remarquable, et il ne lui était pas difficile de couper à vingt ou trente pas une baguette plantée dans un champ. Cependant, soit qu'il iïit un peu ému , soit que, n'ayant pas touché un pistolet depuis plus de six mois, il eut perdu quelque chose de son habileté, ses premiers coups furent médiocres. M . Jacquin était désolé d'une infériorité qui devait donner confiance à l'adversaire. Mais son découragement ne fut pas de longue durée :
la main de Marcel se remit peu à peu, et sur les six deniières balles, quatre firent mouche.
— Très-bien ! très-bien ! disait M. Jacquin entre ses dents , ça se relève, ça marche.
En sortant , le comte dit à son ami :
— Je commence à craindre que l'affaire ne soil chaude. Ce jeune homme tire trop bien pour que, malgré mon désir de l'épargner, je le laisse appiocher beaucoup. Tout ce que je puis lui accorder, c'est la moitié de la dislance; s'il fait un pas de plus, il faudra bien que je le tue.
Marcel allait se retirer, quand un garçon armurier de l'établissement vint lui dire que (juelqn'uîi l'attendait dans une chambre conligiië il la salle du tir. Il se retourna d'un air incertain vers M. Jacquin , qui lui dit en haussant les épaules :
— Je comprends , c'est un mauvais quart d'heure à passer. V' as y ; mais pas de faiblesse. Je vais couinr pour nos affaires. Si