‹ Marcel (volume 2)Chapitre 119 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

seule chambre qu'elle eîit de libre. Elle passa là un moment affreux. Tantôt elle allait à la porte et écartait le rideau pour voir ce qui se passait, tantôt elle se rejetait avec épouvante dans le fond de la chambre, près de s'évanouir. Malgré toutes les causes de discorde, malgré tous les ressentiments, la femme la moins sensible ne peut rester indifférente aux dangers que court la vie de l'homme dont elle a partagé la destinée et dont elle porte le nom. Ce n'était pas seulement pour son amant, mais aussi pour son mari , que la comtesse tremblait. Quoiqu'elle sût bien qu'elle n'assistait qu'à un simulacre de combat , chaque coup de pistolet no l'en faisait pas moins tressaillir, et elle mordait son mouchoir pour ne pas crier. Elle avait la fièvre quand Marcel entra.

Elle se jeta à son cou en pleurant et resta quelque temps sans pouvoir parler.

« Ah ! que j'ai souffert, s'écria- t-elle enlin; ah! que j'ai souffert hier, cette nuit, et

tout à l'heure ici! Mon Dieu! quel spectacle! Heureusement, c'est tini. Je vous ai rencontré à temps, tout est sauvé. Ce duel n'aura pas lieu.

— Que dites -vous, Agathe?

— Vous allez comprendre qu'il est impossible.

— Impossible !

— Sans aucun doute. La jeunesse ne réfléchit à rien. Mais écontez-moi. Vous êtesvous demandé ce que deviendrait votre famille, si vous mouriez, ce que je deviendrais moi-même?

— Agathe ?

— Pour voire famille , un deuil éternel, pour moi, non pas le malheur seulement , mais le lemords et la honte aussi. L'on dira et je me dirai h moi même que j'ai fait tuer mon amant. Désormais, vous l'êtes aux yeux du monde. Si c'est mon mari qui succombe , je ne suis pas moins perdue. Ce n'était pas assez , dira-l-on , de l'adultère, cette femme y a ajouté le meurtre. Elle a tué

Page 1