‹ Marcel (volume 2)Chapitre 120 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

son mari après i'avoir trahi; car c'est sur moi, sur moi seule que tout retombera alors. J'ai dit seule , car croyez-vous que je puisse vivre près de l'homme qui aura versé le sang de mon mari ? Mais alors il n'y aurait plus assez de malédictions pour m'en accabler , plus assez de boue pour m'en couvrir ! Et moi-même , supposez - vous que j'aie le courage de ces funèbres amours? Non. Marcel j je vous le dis. même pour aller h vous, je ne passerais pas sur un cadavre. Je brave les hommes , mais je crains Dieu , Dieu présent dans la mort plus encore que dans la vie. Vous le voyez donc , ce duel , sans parler des dangers que votre courage affronterait tranquillement, [nais qui n'en sont pas moins terribles ; sans parler du désespoir où il peut plonger tous ceux qui vous chérissent, ce duel est un arrêt de séparation entre nous. Ai-je donc eu tort de le croire impossible ?

— Je ne puis cependant reculer devant le comte , après l'avoir insulté.

— Que voulez-vous donc ? Vous venger du mal que vous lui avez fait. Étrange logique! Et faut-il lui prendre la vie parce que vous lui avez pris sa femme ? Oui , désormais entre lui et moi tout est rompu.

— Vraiment?

— Tout. Je ne suis plus à lui, mais à vous. Je vous appartiens et suis prête à vous suivre. Allons en Italie, en Amérique, où vous voudrez. Être libres ensemble et toujours ! Une vie d'amour et de bonheur, Marcel, voilà ce que je vous offre. Refuserez-vous ?

— Mais l'honneur?

— L'honneur! chimère altérée de sang!

Quoi ! si rhonncur vous demande de sacrifier et votre conscience et votre félicité, et vous et m.oi , et tout ce qui vous est cher, vous lui obéirez ! L'orgueil a-t-il donc seul son honneur? l'amour n'a-t-il pas le sien? N'y a t-il pas une voix qui vous crie que vous devez votre vie à vos amis plus qu'à vos ennemis? Et, d'ailleurs, l'honneur.

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