DEUXIÈME PARTIE
— Et moi, m'écriai-je d'une voix désolée, moi, que vais-je devenir ?
— Je compatis vivement, répondit-elle, au chagrin que vous éprouvez, et je regrette d'en être la cause. Mais j'espère qu'il ne sera pas de longue durée. D'autres affections vous consoleront de la perte de celle-ci.
— Jamais.
— On dit, on croit toujours cela; mais on se trompe. Maintenant même je ne remplis pas tout votre cœur.
— Tout entier, dis-je, oubliant mon indignation pour ne plus me souvenir que de mon amour.
— Allons donc ! Et votre mère ?
~ Ma mère est morte.
— Morte ! répéta-t-elle avec effroi.
Un long silence suivit ce mot funèbre qui éveillait tant de souvenirs. Elle n'osait plus élever la voix. Moi je pleurais. Enfin je repris la parole.
— Eh bien ! maintenant, Agathe, dis-je
en lui prenant la main, vous marierezvous?
Elle retira sa main et me répondit avec un sang-froid glacial :
— Maintenant , comme tout à l'heure , je suis obligée d'obéir à mon père.
— Ainsi, vous m'abandonnerez seul à mon désespoir et à mes remords ?
— Vous pourrez toujours compter sur mon amitié, mais...
— Mais pas sur votre amour, n'est-ce pas? Et c'est au moment oii j'en ai le plus grand besoin, au moment où il est ma seule ressource et ma seule espérance, que vous me le retirez.
Elle ne me répondit pas. Je repris :
— Et vos serments , vous les avez donc oubliés? Et tout ce passé si profondément gravé dans ma pensée, il est donc effacé de la vôtre ? — Agathe ! Agathe ! êtes-vous aussi morte pour moi ?
Elle continuait à garder le silence, en jouant d'un air ennuyé avec ses rubans. Je