TROISIÈME PARTIE
vertu on préjugé, dieu ou fétiche , doit-il être plus sacré à l'homme qu'à la femme ? Est-ce que je ne vous sacrifie pas ma réputation? De quel droit refuseriez-vous de me sacrifier la vôtre? La fidélité est pour une femme ce que le courage est pour un homme, et plus encore : car l'homme peut se faire absoudre de lâcheté, en faisant ses preuves, quand bon lui semble; une femme n'en appelle pas de l'adultère. Un quart d'heure de courage vous suffit, à vous autres; à nous, vingt ans de vertu ne nous servent à rien. C'est donc un instant de patience que je vous demande, quand c'est tout l'avenir de ma vie que je vous donne. Vous n'hésiterez pas, si vous m'aimez, Marcel; et vous m'avez prouvé que vous m'aimiez. Vous m'avez préférée à votre famille : comment ne me préféreriez -vous pas à un duel?
Le jeune homme essaya en vain de lutter contre cette éloquence mobile et passionnée. Attaqué tour à tour dans toutes les parties
faibles de son esprit et de son cœur, fasciné par la toute-puissanle attraction de l'enchanteresse , il descendit d'incertitude en incertitude jusqu'à l'oubli de sa dignité, et finit par sacrifier l'honneur comme il avait sacrifié le devoir. Une fois le pied sur la pente fatale, on ne s'arrête plus.
Il fut convenu que Marcel partirait dans la nuit pour Fontainebleau, où la comtesse devait l'attendre.
Mais ce projet ne devait pas s'accomplir.
En rentrant à l'hôtel, Marcel trouva à son adresse une lettre cachetée de noir et timbrée de Saint-Servan. M. Jacquin avait prévu le cas oii l'on aurait besoin de lui écrire sur-ie-champ et laissé au Domaine le nom de l'hôtel où il comptait descendre. Marcel brisa précipitamment l'enveloppe et reconnut l'écriture de l'abbé Pascal. La lettre ne contenait que ces mots :
« Ce n'est pas votre mère qui est morte, )) elle est réservée à de plus longues souf-