‹ Marcel (volume 2)Chapitre 122 sur 128 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

» frances. C'est Eugénie, qui a payé le tri- » but nécessaire aux passions implacables. » Votre indifférence la minait depuis long- )) temps, votre abandon l'a achevée,

» — Marcel est parti!... s'est-elle écriée » d'une voix déchirante en apprenant votre » fuite. — Et elle est tombée pour ne plus » se relever.

» Maintenant lai.sserez - vous votre mère M pleurer seule l'ange que vous lui avez » ravi ? »

Marcel resta anéanti j pendant quelques instants, il ne trouva ni paroles, ni larmes, ni pensée. Enfin la vie revint et amena le désespoir. Ce coup terrible avait arraché le bandeau qui couvrait les yeux du jeune homme, et il vit sa situation dans toute son horreur. Il comprit sa folie et son ingratitude. Il avait commis un crime irréparable; il avait tué la chère compagne de son enfance, la fidèle amie de sa jeunesse; il avait plongé sa mère dans une douleur inconsolable et dans un deuil éternel. De

ces deux cœurs où vivait son image, il avait brisé l'un , désolé l'autre. Et son amour lui-même, cet amour qui avait détruit en lui le sentiment du devoir et bouleversé sa conscience, tombait écrasé sous les ruines qu'il avait faites. Le remords élevait maintenant une barrière infranchissable entre lui et le funeste bonheur qu'il avait poursuivi à travers tant de fautes. Lui aussi il devait reculer devant un cadavre.

Il ne restait donc plus à cette vie que l'expiation. Le devoir en devenait désormais la seule ressource et la seule occupation.

Mais, frappé comme l'abbé Pascal, Marcel n'avait pas comme lui la force nécessaire pour se relever. Il recula devant un avenir qui ne pouvait plus être qu'une continuelle et toujours incomplète réparation du passé, et préféra le repos de la mort aux fatigues d'une réhabilitation si longue. Étourdi par la douleur de son im-

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