U MARGE
mission de se retirer , sous prétexte de prendre du repos, et alla se renfermer dans sa chambre. Au moment de quitter pour toujours ceux qu'il avait aimés . il sentait le besoin de leur dire adieu.
Il écrivit à madame Hubert :
« Pardonnez-moi, ma mère, tout le mal que je vous ai déjà fait, tout le mal que je vais vous faire encore. Quand vous recevrez cette lettre, vous aurez perdu vos deux enfants. J'aurais dû vivre, non pour vous consoler, mais pour vous aider à porter votre douleur. Hélas î je n'en ai pas la force ; je succombe sous une destinée trop lourde. Ne maudissez pas votre malheureux enfant, qui meurt, l'âme pleine du souvenir de votre bonté et de votre tendresse. »
A l'abbé Pascal :
« Monsieur le cui'é, je meurs victime de ma folie et de mon obstination. Si j'eusse voulu croire à vos conseils , je n'en serais pas venu à une fin si prompte et si déplorable. Vous m'avez prédit tout ce qui m'ar-
TROISIÈME PARTIH. rib
rive, et je ne puis accuser que moi-même de mon malheur. Je vous remercie des généreux efforts que vous avez faits pour me sauver et que j'ai si mal reconnus. Je vous demande pardon de tous les torts que j'ai eus envers vous. Ce pardon, vous me l'accordez, n'est-ce pas? J'ai foi dans votre indulgence et dans votre amitié, et j'ose espérer que ma mémoire vous sera encore chère.
» J'ai une dernière prière à vous adresser, c'est de me faire enterrer près d'Eugé' nie. Pauvre Eugénie! »
A la comtesse :
« Une fatalité invincible nous sépare, chère Agathe. Ne pouvant vivre près de vous, je meurs. Je meurs en vous aimant. Ma dernière pensée sera pour vous. Mon cœur se fend quand je pense que je ne vous verrai plus. Adieu ! Puissiez-vous m'oublier et être heureuse. »
A M. Jacquin :
u Mon cher commandant, je n'ai qu'un
moyen de vous témoigner ma reconnaissance pom* votre affection paternelle et pour votre infatigable dévouement , c'est de vous recommander en mourant ma mère, ma pauvre mère, que j'abandonne, moi.
Rapportez - lui mes restes, pour qu'elle puisse les réunir à ceux de son autre enfant.
» Adieu, mon vieux, mon excellent ami ! Je vous embrasse et vous bénis. »
L'approche de la mort avait rendu à cette âme sa pureté première. Tous les mauvais sentiments , tous les mauvais instincts, toutes les mauvaises pensées s'étaient enfuis à la fois devant la solennité de l'heure suprême. Il n'était plus resté que la justice et la tendresse.
Seul avec lui-même , Marcel ne cherchait pas à lutter contre son cœur. Plus d'une fois interrompu par son émotion , il avait amèrement pleuré ses amis, sa sœur, sa mère , sa maîtresse et la vie elle - même , la vie si belle à vin2;t ans.