TROISIÈME PARTIE
Il vit la nuit s'écouler rapidement dans le torrent de ses pensées. A sept heures, il entendit M. Jacquin frapper h sa porte pour l'éveiller. Il lui répondit qu'il serait bieniôt prêt, et se mit à réparer le désordre de sa toilette. Puis il alla rejoindre son vieil ami, qui le força à prendre un verre de madère comme un cordial indispensable en pareille circonstance.
— A ta santé, mon garçon ! dit i>J. Jac- (juin en trinquant.
— A la vôtre, commandant! répondit Marcel avec un triste sourire.
— C'est la première fois que tu vas au feu , cela te fait quelque chose , hein ? Mais ce n'est rien de près, et, une fois que tu en auras tàté, tu voudras recommencer.
Ah ! ah ! nous en verrons bien d'autres.
En attendant l'heure du départ, M. Jacquin ne cessa de donner à Marcel des encouragements et des instructions de toute sorte.
— fais bien attention a ceci , lui répéta-
t-il plusieurs l'ois. Il faut tâcher de l'aire tirer ton adversaire le premier. Marche sur lui lentement, pas à pas, et en faisant à chaque lois semblant de le viser. Ça l'inquiétera, ça le fera partir. Tu es mince , tu seras bien effacé, tu n'offriras pas de prise, il te manquera, c'est sûr. Alors, toi, lu tireras à ton aise, sans arrière-pensée , et du diable si tu ne le mets pas en bas. Je parie tout ce qu'on voudra que tu le pinces.
Le jeune homme l'écoutait en silence et d'un air distrait. M. Jacquin se trompa sur la cause de sa préoccupation.
— Ah ! çà , dit-il , est-ce que le cœur le bat trop fort?
Marcel lui prit la main sans rien dire et la mit sur son cœur.
— A la bonne heure ! reprit M. Jacquin convaincu de son erreur, pas une pulsation de plus qu'à l'ordinaire. Mais qu'est-ce que tu as donc alors ?
— C'est que je pensais , commandant , à
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VOUS deoîander un petit service, et que je n'osais pas, de peur de vous affliger.
— De quoi s'agit-il ?
— J'ai écrit cette nuit quelques lettres, et je voulais vous prier de les faire parvenir dans le cas où il m'arriverail malheur.
— Je te dis qu'il ne t'arrivera rien du tout.
— Je l'espère aussi, commandant; mais enfin il faut toujours se mettre en garde contre le hasard.
— Qu'à cela ne tienne. Je me charge d'autant plus volontiers de les chiffons de papier que je suis sûr de te les rendre. Donne.
— Merci , fit Marcel en lui remettant les lettres.
— Bon y reprit M. Jacquin en les mettant dans sa poche sans les regarder. N'as- tu plus rien à me demander, tant que nous sommes seuls?
— Une chose seulement , commandant
— Laquelle?
~ De m>n)brasser.
Le commandant prit, le jeune homme dans ses bras et le serra im instant contre son cœur, en proie aune vive émotion.
Mais il en triompha bien vite, et repoussant doucement Marcel loin de lui :
— Assez causé , lui dit-il. J'entends sonner; c'est ton autre témoin. Plus de sensiblerie et bonne contenance, morbleu ! Il s'agit de l'honneur.
— Soyez tranquille , commandant.
Le major entra , échangea une poignée de main avec le commandant et un salut avec Marcel , qui lui fit les remercîments convenables. Puis on monta dans une voiture que M. Jacquin avait retenue la veille, et l'on partit pour le bois de Ville-d'Avray, lieu du rendez-vous.
En arrivant, on y trouva le comte avec ses témoins.
— Il n'est pas neuf heures, messieurs, dit M. Jacquin eu tirant sa montre. Vous êtes en avance.