TROISIÈME PARTIE
— Au moins d'im quart d'heure , répondit poliment le comte.
On s'enfonça dans le bois. L'air était brumeux et froid. Quelques nuages violacés marbraient le fond gris du ciel. On eût dit des taches de sang sur un linceul. Les arbres dépouillés de leurs feuilles ressemblaient à des spectres.
Après avoir marche quelque temps, on s'arrêta dans un carrefour où venaient aboutir quatre larges allées, et l'on s'occupa des préparatifs du combat. Les distances mesurées , on tira au sort le choix des pistolets.
— Pile ou face? dit un des témoins du comte en jetant une pièce de cinq francs en l'air.
— Pile! dit M. Jacquin.
C'était pile. M. Jacquin présenta ses pistolets, qui furent chargés en commun.
— Maintenant, le choix des places, dit le témoin du comte en jetant de nouveau la pièce : pile ou face?
— Face ! dit M. Jacquin.
C'était face. M. Jacquin vit dans ces menues faveurs de ia fortune un heureux augure. Le soleil étant caché, il n'y a\^it à rechercher que l'avantage du teiTain.
L'allée qu'on avait choisie pour heu du combat allait un peu en montant. M. Jacquin plaça Marcel dans la partie basse.
Placé dans la partie haute , le comte était mieux en vue et plus facile à toucher.
Quand on eut remis à chaque combattant son pistolet désarmé, M. Jacquin, qu'on avait, en considération de son âge et de son grade, chargé de conduire l'affaire, dit d'une voix ferme et sonore :
— Rappelez-vous, messieurs, ce que vous avez à faire. Vous armerez et vous marcherez au commandement. V^ous tirerez à volonté. Chacun peut aller à sa limite ou s'arrêter à la place d'où il aura fait feu. Attention! — Armez!
Les deux adversaires portèrent la main au marteau de leur pistolet.