‹ Marcel (volume 2)Chapitre 14 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

vis que tout espoir était perdu, et je me laissai aller à mon indignation.

— Vous avez raison, lui dis-je, de ne pas faire attention à mes paroles. Il faut que je sois insensé pour faire appel à des sentiments qui n'existent pas. Vous n'avez rien dans le cœur, ni tendresse, ni reconnaissance, ni pitié, ni loyauté.

Son orgueil blessé la fit sortir de son impassibilité.

— Pourquoi, s'il vous plaît, me réponditelle, le visage coloré par la colère, pourquoi ce torrent d'injures? De quel droit ces reproches? En quoi les ai-je mérités? Est-ce parce que je vous ai aimé avec désintéressement, avec abnégation, risquant pour vous ma réputation et ma sécurité, est-ce pour cela que vous m'accusez de manquer de tendresse? Est-ce parce que, forcée par la volonté de mon père , par les lois du monde, par les nécessités de mon avenir, je renonce à une union que, malgré toutes vos promesses, vous n'avez pas su rendre possible,

est-ce pour cela que vous me refusez la loyauté? Est-ce ma faute, si vos projets étaient des chimères et vos espérances des folies? Suis-je responsable de l'écroulement de vos châteaux en Espagne? De la pitié? N'en ai-je pas fait preuve en choisissant le moment de votre absence , que je croyais devoir être longue, pour accomplir une action douloureuse pour vous, mais pour moi inévitable? N'en montré-je pas encore, de la pitié , en écoutant , malgré les devoirs de ma nouvelle position , le récit de vos chagrins ? Quant à de la reconnaissance , permettez-moi de vous dire que je trouve la prétention étrange de votre part. Il me semble que, si l'un de nous en doit à l'autre, ce n'est pas moi. En amour , c'est toujours la femme qui donne et l'homme qui accepte; et, pour que la générosité fût toute de mon côté, il s'est trouvé que j'avais à vous sacrifier, en outre de mes devoirs, l'orgueil de mon rang.

— Voilà, m'écriai-je en l'interrompant.

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