‹ Marcel (volume 2)Chapitre 15 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

une justification à laquelle je ne m'attendais pas encore, je l'avoue ; une justification plus odieuse que votre odieuse action.

— Cela vous plaît à dire, répliqua-t-elle avec une imperturbable assurance ; moi, je ne vois ici qu'une chose odieuse , c'est l'acharnement féroce que vous mettez à tourmenter une femme qui cède à une fatalité de position plus forte que sa volonté, et qui n'a envers vous d'autre tort que de vous avoir aimé. — Du reste, au lieu de m'en plaindre, je devrais vous en remercier. En vous rendant indigne de la compassion due au malheur, vous me déchargez d'un lourd fardeau; et ce fâcheux entretien aura eu pour moi un bon résultat , c'est de m'ôter jusqu'à la possibilité d'un regret.

— Il est heureusement, répondis-je, des regrets de plusieurs sortes, et les mauvaises natures en peuvent éprouver d'aussi profonds que les bonnes. La différence n'est que dans la noblesse des motifs. Les grandes haines sont sœurs des grands amours. Ne

craignez-vous pas que je vous fasse regretter mon dévouement par ma vengeance ?

— Je ne crains rien, dit-elle en me regardant fixement.

— Rien?

— De vous, du moins.

— Ah ! sans doute , parce que vous me Croyez trop bon pour exécuter mes menaces ?

— Non j parce que je vous y sais impuissant.

— Je pourrais vous perdre.

— Gomment, je vous prie ?

— En révélant la vérité.

— On ne vous croira pas. Vous n'avez pas de preuves.

— Pas de preuves? Et la clef du jardin?

— J'ai dit à mon père qu'on l'avait dérobée. Essayez, du reste. Je vous mets au défi. Quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez contre moi, vos assertions passeront pour des calomnies et vos attaques seront des lâchetés.

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