DEUXIÈME PARTIE
entendu les dernières paroles du curé, et qu'il eût été encore sous le coup de son récit, vous avez été malheureux ! Vous avez fait une rencontre funeste. Cette femme est un monstre.
— Non, répondit avec un mélancolique sourire le prêtre qui devinait la pensée du jeune homme, non, ce n'est pas un monstre. C'est au contraire le type d'une espèce bien commune. Le monde est plein de ces créatures enthousiastes et faibles, passionnées et changeantes, tour à tour affectueuses jusqu'au dévouement et indifférentes jusqu'à la dureté, dont l'amour en un mot ressemble à un feu de paille qui répand des torrents de chaleur et de lumière, mais qui, une fois éteint, ne laisse rien après lui, pas même de la cendre. Il n'est pas un homme qui ne soit exposé h rencontrer, à aimer une de ces femmes. C'est une de ces femmes, puisqu'il faut vous le dire, malheureux enfant, puisqu'il faut vous faire toucher du doigt la vérité que vous ne voulez pas voir.
c'est une de ces femmes que vous avez rencontrée, c'est une de ces femmes que vous aimez.
— Agattje ! s'écria Marcel, Agathe, une de ces femmes ! Non, non ! vous vous trompez, vous ne la connaissez pas.
— Je ne la connais pas? répéta l'abbé avec un sourire amer. Je n'ai pas voulu vous le dire plus tôt, parce que vous n'auriez pas consenti à m'entendre. Mais cette Agathe que j'ai aimée est la même que vous aimez à présent.
— La même? répéta à son tour le jeune homme comme s'il n'eût pas compris ce qu'il venait d'entendre, comme s'il eût douté du témoignage de ses oreilles.
— Oui, reprit l'abbé d'une yoix forte, Agathe de Pontis, aujourd'hui comtesse de Bar j ois.
On eût dit que la foudre venait de tomber aux pieds de Marcel, immobile et muet, aussi pâle que le marbre, l'œil fixe et sans