‹ Marcel (volume 2)Chapitre 19 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE. m · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. m

regard, il semblait avoir perd» le sentiment de la vie.

Cette identité, qu'un homme pins expérimenté eût depuis long-temps devinée, il ne l'avait pas soupçonnée un instant.

Tout à coup le sang lui monta au visage, et ses passions, un moment engourdies, se réveillèrent toutes à la fois. La jalousie, la colère, la défiance, la haine, firent ensemble irruption dans son cœur avec la violence de la tempête. Une réaction terrible s'opéra en lui. Il venait d'éprouver une atroce douleur, et sa fureur fut égale à sa souffrance.

— C'est une calomnie ! s'écria-t-il en lançant au prêtre un regard terrible.

— Marcel ! fil celui-ci d'une voix sévère. Mais le jeune homme ne lui laissa pas le

temps de continuer.

— C'est une calomnie ! répéta-t-il hors de lui; je vous dis que c'est une calomnie !

Et, avant que l'abbé Pascal eût le temps de faire un pas pour sQpposer à son départ, il s'élança hors de la chambre. L'abbé se

précipita à sa poursuite en l'appelant; mais ce fut en vain. En arrivant à la porte du presbytère, il vit le jeune homme courant avec rapidité vers le château. Il l'appela une dernière fois ; mais le bruit de sa voix ne fit que hâter la fuite de Marcel. Il le contempla quelque temps avec tristesse pendant qu'il s'éloignait, puis referma la porte, et rentra à pas lents dans la salle.

— Il court à sa perte, s'écria-t-il avec désespoir, et il n'y a qu'un miracle qui puisse le sauver maintenant. Malheureux enfant I malheureuse famille!

Il se promena quelque temps en silence, puis il reprit :

— C'est fini ! le voilà possédé comme je l'ai été moi-même. Ce qu'il vient de faire, je l'eusse fait sans doute, et il fera ce que j'ai fait; cela est certain. Je connais cette folie : on n'en guérit pas. Mon Dieu! est-il donc écrit que les fautes de l'un ne serviront jamais à l'autre, et qu'on ne voudra jamais croire à Tabîme qu'en y tombant? ou bien

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avez-vous ordonné, pour mon ciiâlimeiii, que la vérité prît, en passant par mes lèvres, l'apparence du mensonge, et que je perdisse tout ce que je voulais sauver?

Après un nouveau silence, pendant lequel il se laissa aller au cours tumultueux de ses pensées, il s'écria :

— Oh! cette femme, cette femme! ne craint-elle donc pas de lasser ma patience ?

Puis, pour s'échapper à lui-même, il alla visiter des malades. En traversant le village, il rencontra le commandant.

—Eh bien, lui dit celui-ci en s'approchant avec empressement, avez-vous vu Marcel ? quelles nouvelles?

— Tout est perdu, répondit l'abbé d'un air consterné. Cette passion tourne à la démence.

— N'est-il aucun moyen de guérison?

— Je le crains.

— Diable ! Mais vous désespérez peut-être trop facilement. Il faut que j'essaie, à mon tour. Je lui parlerai.

i 4G MARCEL.

— Je ne vous le conseille pas. Cela ne m'a pas réussi.

— C'est que vous ne vous connaissez pas à ces choses-là, voyez -vous, l'abbé; moi, je suis au fait. J'adresserai au camarade une allocution conforme à la circonstance, un petit discours militaire. Je lui dirai : — Mon garçon, il faut rire, il faut s'amuser, c'est très-bien ; mais il ne faut pas faire do peine à ses parents, sacrebleu! C'est comme un soldat : tant qu'il a congé, il peut lever le coude au cabaret ou pincer un rigodon avec la particulière ; mais quand le tambour bat, ce n'est plus ça, il s'agit de rejoindre le drapeau. L'honneur avant tout ! — Vous verrez, je lui tournerai cela de la bonne façon. A^ Ljjr.

— Marcel n'écoute plus rien, ni la raison, ni larehgion, ni l'hmmeur. Il est fou, vous dis-je, commandant. Il vient de se fâcher contre moi parce que je lui disais la vérité ; il se fâchera contre tous ceux qui voudront contrarier son amour. S'il venait à se délier

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