‹ Marcel (volume 2)Chapitre 2 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Lorsqu'au bout de deux mois je fis part à Agathe de mon chagrin et de mon inquiétude, elle me reprocha doucement mon manque de patience, et m'encouragea à persévérer, répondant de tout si je voulais m'en rapporter à son amour. J'eus honte de ce qu'elle appelait ma faiblesse, je lui demandai pardon de mes doutes, et je me remis à attendre.

Un mois après, comme aucun événement nouveau n'était venu améliorer ma position, je perdis tout à fait courage, et j'annonçai à Agathe que j'allais retourner auprès de ma mère, qui devait avoir épuisé ses derniers moyens d'existence. Malgré tout mon amour pour elle , je ne pouvais lui sacrifier la vie de celle qui m'avait donné le jour.

— Faites ce que vous voudrez, me répondit-elle ; mais rappelez- vous que je ne puis concilier l'amour avec la séparation. Si vous partez, tout est à jamais fini entre nous.

Et elle me quitta brusquement. Je m'en

allai désespéré, mais décidé à faire mon devoir, dussé-je en mourir.

Un incident inattendu vint changer ma résolution. En me déshabillant, je trouvai dans la poche de mon habit une petite bourse qui contenait mille francs en or.

J'aurais dû la rendre. Mais, comme le vent du midi qui dessèche les fleurs, cet ardent amour, en soufflant sur mon âme, y avait détruit les sentiments délicats et fiers. J'envoyai les mille francs à ma mère, sans lui dire d'où ils venaient.

Elle ne s'était pas plainte une fois de la pénurie dans laquelle je l'avais laissée. Elle ne me remercia pas de l'aisance momentanée que je lui procurais. J'aurais dû comprendre sa réserve; j'aurais dû lire sa pensée dans son silence ; mais je portais sur les yeux le bandeau de la passion. Je crus faire assez en n'employant rien pour mon compte personnel de la somme que j'avais acceptée, comme si ma mère n'eût pas fait partie de moi-même, comme si le devoir que j'avais

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