DEUXIÈME PARTIE
j'aurais pu vous entendre accuser sans vous avertir et sans vous défendre ?
— Vous m'avez défendue? demanda-l-elle avec une vive expression de joie.
— Pouvez- vous en douter, Agathe?
Ces paroles furent accompagnées d'un regard plein d'un tendre reproche; elle sembla ne pas y faire attention et continua :
— Vous ne croyez donc pas à ce qu'il vous a dit ?
— Moi , y croire !
— Vous supposez donc qu'il vous a menti?
— Je le lui ai dit.
— Au curé?
— A lui-même.
— Ah ! vous êtes un noble enfant , et je vous remercie.
En disant ces mots, elle saisit la main de Marcel et la couvrit à la fois de baisers et de larmes.
— Vous pleurez ! s'écria-t-il ému j usqu'au fond du cœur.
En même temps, il se jeta aux genoux de
la comtesse et releva brusquement sa tête , qui alla retomber sur le dos du fauteuil où elle était assise; ses joues étaient inondées de pleurs, et ses yeux humides, tournés vers le ciel , semblaient élever à Dieu son âme tout entière. Marcel, en proie à un trouble profond , dans lequel sa pensée éperdue s'agitait au hasard , serrait dans ses mains celles de la comtesse en répétant d'une voix désolée :
— Ne pleurez pas, Agathe ! Agathe, pourquoi pleurez-vous?
— Laissez - moi pleurer , lui réponditelle en le repoussant doucement. 0 mon pauvre enfant! vous si naïf et si pur, vous qui n'avez jamais vu personne douter de vous, vous ne savez pas quelle chose rare c'est que la confiance, quel bien elle fait aux âmes aigries, quel baume elle verse sur leurs blessures envenimées! Laissez, laissez couler ces larmes qui emportent toute l'amertume de mes chagrins passés ; regardez les avec joie, avec orgueil , ces bonnes lar-