DEUXIÈME PARTIE
En effet, le comte entra. Dès le premier coup d'œil, Marcel reconnut en lui, malgré la simplicité de son habit de voyage et la poussière dont il était couvert , un de ces hommes naturellement élégants et distingués dont lui avait parlé l'abbé Pascal.
Cette éclatante supériorité de race était encore rehaussée par une beauté accomplie. Le comte était gTand, large d'épaules, mince de taille, souple comme un palmier, et admirablement découplé. Une l'orèt de cheveux noirs, soyeux et bouclés , couronnait avec grâce une figure complètement régulière qu'éclairaient de grands yeux noirs pleins de flamme.
Marcel fut ébloui.
Il y avait bien des détails qui eussent gâté aux yeux d'un observateur la perfection presque idéale de cette noble physionomie. Ainsi les yeux étaient profondément cernés, les lèvres pâles et quelque peu déformées , la peau plombée et détendue; tout le visage portait l'empreinte d'une fatigue incurable
et la menace d'une caducité précoce. Ce front de trente ans était déjà sillonné des traces indélébiles que laisse après elle l'habitude de la débauche.
Mais Marcel était trop ignorant pour pouvoir faire ces remarques. Ce qui eût été un défaut pour un juge plus éclairé devint pour lui une qualité de plus. Il n'avait rien vu d'analogue. Il trouvait dans l'expression à la fois abattue et puissante de cette magnifique tête quelque chose de mystérieux et de fatal qui étonnait sa naïveté; dans le rayonnement voilé de ces yeux veloutés, un charme inexplicable et une fascination irrésistible. Il ressentait à l'aspect du comto l'émotion d'un voyageur à la vue d'un chêne foudroyé.
Il se rappela ce que l'abbé Pascal veiiait de lui dire sur le danger des comparaisons, et tomba en proie à cette même inquiétude qui lui avait été si énergiquement dépeinte.
M. de Barjols s'avança vers sa femme, le sourire sur les lèvres et le regard joyeux ,