DEUXIÈME PARTIE
et déposa sur son front un baiser qu'elle reçut d'un air tranquille et satisfait.
Marcel éprouva la même douleur que si un fer rouge lui eût traversé la poitrine.
— Que je suis heureux, dit le comte en regardant la comtesse avec amour, de vous revoir, ma chère Agathe ! Quand je pense que voilà trois semaines que je suis séparé de vous , trois grandes, trois mortelles semaines ! Il fallait que je fusse fou quand je vous ai laissée partir sans moi. Croire que je pourrais vivre loin de vous ! Mais j'ai été bien puni de ma sotte présomption, allez ! Dès que vous avez eu disparu, Paris n'a plus été qu'un désert. — Pardon, monsieur, ajouta-t-il en se retournant vers Marcel, qu'il salua gracieusement, pardon, je m'oublie. Mais j'espère que vous voudrez bien excuser un pauvre mari qui retrouve, après un mois d'absence, l'objet de toutes ses affections.
Marcel interdit ne trouva pas un mot à répondre. Agathe n'avait pas quitté des yeux
son mari pendant tout le temps (ju'il avait j)arlé. Elle semblait vouloir lire sur sa figure le secret de cette explosion de tendresse, pour elle si inattendue. Quand ils eurent fini , lui son discours, elle son examen, elle lança à Marcel un regard d'intelligence que celui-ci ne comprit pas. Elle laissa échapper un mouvement d'impatience. Mais elle le réprima aussitôt; et, montrant de la main le jeune homme :
— Mon cher Arthur, dit-elle au comte, je vous présente monsieur Marcel Dugué, mon sauveur. C'est a sou courage que je dois la vie.
Le comte demanda à sa femme les détails d'une aventure qu'il feignit d'ignorer com plétement. La modestie du jeune Breton ne fui qu'à moitié blessée de la narration de son exploit devant un homme dont il jalousait déjà la supériorité. Quand Agathe eut fini son récit, le comte alla vers Marcel, et lui serra cordialement la main, en lui disant :