DEUXIÈME PARTIE
— Je crains, monsieur, de ne pouvoir jamais vous prouver ma reconnaissance.
Mais j'espère du moins que vous voudrez bien dès ce jour me compter au nombre de vos amis les plus dévoués.
— Je vous remercie, monsieur le comte, répondit froidement le jeune homme dont la politesse charmante d'Arthur ne put vaincre la haine instinctive , c'est trop d'honneur que vous me faites.
Madame de Terray entra en ce moment, et parut aussi surprise qu'enchantée de l'arrivée de son neveu. Marcel profila de la circonstance pour se retirer. Il prit cérémonieusement congé du comte et de la comtesse, qui lui dit au revoir avec une familiarité affectueuse.
En sortant du château, il aperçut de loin l'abbé Pascal qui revenait du village, el il prit le chemin de la lande pour ne pas se rencontrer avec lui. lierra pendant plusieurs heures, absorbé par les pensées conlradic-
toires que faisait naître en lui le souvenir des graves événements de la journée.
Le comte Arthur de Barjols était à vingtsix ans capitaine dans la garde royale. Sou père, mort au retour de l'émigration, ne lui avait laissé pour toute fortune qu'une part assez faible dans le milliard de l'indemnité. Mais le jeune officier avait en perspective la pairie, dont un vieil oncle sans enfants devait lui laisser l'héritage. Son grand nom et la haute position à laquelle il élait appelé, joints h ses avantages personnels, lui permettaient d'aspirer à un brillant mariage. Il vit mademoiselle de Pontis, en devint amoureux, réussit à lui plaire et l'épousa. Le plus bel avenir s'ouvrait devant lui. Grâce à sa naissance et à l'immense fortune de sa femme, il pouvait donner un libre essor à son ambition et prétendre aux plus grands emplois, dont son intelligence ne ie rendait d'ailleurs pas indigne. Il résolut de rester au service jusqu'à ce que la mort de son oncle l'appelât à la chambre