DEUXIEME PARTIE
haute. Il comptait donner alors sa démission pour entrer dans la diplomatie. Il avait l'espoir bien fondé d'en aborder de plainpied les hautes régions, et se voyait, au bout de quelques années, nommé à Tune de nos premières ambassades. Ces projets de grandeur obtinrent la complète approbation de la comtesse, dont ils flattaient la vanité, et qui y voyait en outre une garantie pour son bonheur domestique. Elle aimait son mari cl pensait avec raison que de graves travaux, en absorbant son énergie et son temps, le préserveraient de l'inconstance. La révolution de juillet vint donner un cruel démenti aux calculs de tous deux. L'hérédité de la pairie fut abolie et l'officier de la garde royale se crut obligé par l'honneur à donner sa démission. P!us d'espérance pour l'avenir, plus d'occupation dans le présent. L'oisiveté amena peu à peu la dissipation. Le comte était trop richement organisé pour n'avoir pas besoin d'iine activité quelconque. Il prit l'agitation à défaut de mouve-
ment et trouva dans les plaisirs un aliment à la fougue de ses passions. Lié d'amitié avec les rois de la mode, il partagea toutes leurs folies, s' adonnant à la fois au jeu, au vin, aux chevaux et aux femmes. La mort de son beau-père, arrivée l'année précédente, avait renversé le seul obstacle qui eût pu s'opposer à ses désordres.
Agathe souffrit d'abord beaucoup de ce changement et s'en plaignit hautement.
Mais , voyant que ses remontrances, ses plaintes et ses larmes ne servaient à rien, et que son mari, malgré de belles promesses souvent renouvelées, ne se réformait pas, elle finit par prendre son parti et résolut de chercher des distractions à ses chagrins. C'est ainsi qu'elle avait eu la fantaisie de venir en Bretagne, où le hasard lui olfrit une consolation qu'elle ne cherchait pas, mais qu'elle n'eut pas la force de repousser.
Le comte venait de quitter Paris pour quinze jours lorsque la lettre de la mar-