DEUXIEME PARTIE
quise y arriva. Lorsqu'il la lut à son retour, il regretta vivement son absence, et, résolu à ne pas perdre un jour de plus, il se mit tout aussitôt en route pour la Bretagne. Il connaissait parfaitement madame de Terray et savait qu'elle ne fût pas, sans de graves raisons, sortie de son indift'érence habituelle. Il fallait que ses intérêts fussent menacés en même temps que ceux du comte pour qu'elle prît la peine de prévenir celui-ci du danger qui le menaçait. Les termes vagues de la lettre, en permettant de tout supposer, prouvaient au moins que l'imagination de la comtesse était vivement frappée et qu'un amour violent pouvait sortir de l'aventure romanesque qu'on lui racontait et amener les plus graves accidents.
Le comte avait plus d'une raison pour voler au secours de la vertu chancelante de sa femme. D'abord, en renonçant à son rôle d'amant et à ses devoirs de mari, il n'avait pas renoncé à sa vanité d'homme du monde,
et il n'eût pas subi sans chagrin îe sort qu'il avait infligé à tant d'autres. Ensuite, il éprouvait une vive inquiétude à l'endroit de ses intérêts matériels. II redoutait un éclat qui ne lui eût plus permis de partager honorablement la fortune de sa femme. Sa fierté de gentilhomme ne se révoltait pas à l'idée de manger en prodigalités folles un patrimoine qui n'était pas le sien; mais elle lui eût ordonné de mourir de faim plutôt que de rien accepter d'une épouse publiquement adultère.
Telles sont, en matière d'honneur, les lois de l'opinion.
Le comte n'arrivait donc pas avec des intentions querelleuses ou vindicatives. Ce n'était point un preux des anciens temps qui accourait, la lance au poing, pour soutenir en champ clos l'innocence de sa dame; c'était un homme d'affaires qui venait veiller à la marche d'un procès important. Ce n'était pas un jaloux de comédie décidé d'avance à faire les gros yeux, a pu-