‹ Marcel (volume 2)Chapitre 28 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

blier h grand bruit de trompette un déshonneur peut-être imaginaire et à couronner d'nn ridicule certain un malheur problématique; c'était un homme de bonne compagnie, ami des convenances, désireux de tirer le meilleur parti possible de la situation qui se présenterait, et résolu à sauver par tous les moyens possibles ou ses privilèges conjugaux, s'il enétaitencore temps, ou les apparences, s'il ne pouvait pas mieux faire, ou au moins, en désespoir de cause, sa réputation de savoir-vivre.

Voilà pourquoi il avait abordé sa femme avec de si belles démonstrations de tendresse; voilà pourquoi il avait montré à Marcel une politesse si empressée.

Il avait, dès le premier coup d'œil, reconnu le rival mystérieux dont sa tante lui avait fait soupçonner l'existence. Il avait été frappé de la beauté du jeune Breton, comme celui-ci l'avait été de la sienne. Chacun d'eux avait amèrement admiré dans l'autre ,ce qui lui manquait à lui-même. C'étaient

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la nature et la civilisation se rencontrant face à face et jalouses de leurs avantages restrictifs. L'homme est ainsi fait qu'il regarde avec dédain les biens qu'il possède, et avec envie ceux qui lui manquent. L'inquiétude du comte, pour être mieux dissimulée que celle de Marcel, n'en fut pas moins vive. Ce qui avait été surprise chez l'un, avait été regret chez l'autre. Arthur ne put s'empêcher de faire un retour douloureux sur lui-même en voyant épanouie dans tout son éclat sur le front de son concurrent cette fleur d'adolescence qui, une fois fanée, ne renaît plus. Il avait l'œil trop exercé pour ne pas distinguer du premier coup tous les trésors de candeur, tous les germes de force, toute la puissance d'amour que renfermait cette organisation primitive; et il sentait quel charme devaient avoir la spontanéité des sentiments et la virginité des sensations pour une femme accoutumée aux énergies maladives, aux grâces énervantes, aux ardeurs calculées,

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à la vie en quelque sorte galvanique d'ini monde blasé.

Il avait mesuré en frémissant toute l'étendue du danger. Ce n'était évidemment pas d'un caprice, mais d'une passion qu'il s'agissait. L'avenir tout entier était engagé dans la question. *'

Avec une femme faible et craintive, il eut été facile au comte de se tirer d'affaire. Il n'y avait qu'à prendre un air sévère et a commander des chevaux de poste. On montait en voiture, et puis : fouette, cocher ! tout était dit. Une fois les deux pôles de la machine isolés l'un de l'autre, l'étincelle électrique n'était plus à craindre. Mais ce préservatif, souverain en cas ordinaire, eût été plus que dangereux dans les circonstances présentes. Traiter avec un pareil sansfaçon d'arbitraire une femme comme Agathe, il n'y fallait pas songer un instant. Elle avait le caractère prompt à la révolte, et eût infailliblement répondu par un esclandre à une tentative de despotisme. Le II. 5

comte, qui ne redoutait rien tant que le scandale, se décida à disputer pied à pied une victoire qu'il ne pouvait remporter d'assaut. Il commença par étudier attentivement le terrain. Il comprenait que , pour triompher dans une lutte où toutes les chances étaient contre lui , il fallait connaître à fond la situation de l'ennemi , ses forces et surtout ses faiblesses.

Heureusement pour ses combinaisons stratégiques, il avait à la fois dans la marquise un guide et un espion.

Il ne faut cependant pas croire que celleci eût consenti à porter contre sa nièce une dénonciation en règle, et à raconter mot pour mot au comte tout ce qui s'était passé sous ses yeux. Il y aurait eu dans cette manière d'agir un cynisme de perfidie qui eût répugné à sa délicatesse de femme bien élevée. Mais elle ne demandait pas mieux que de causer amicalement avec son neveu de son séjour en Bretagne , et de lui faire connaître la vie qu'on y menait. Il était par-

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