‹ Marcel (volume 2)Chapitre 29 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

faitemeiU naturel de lui dépeindre le caractère et les habitudes des voisins auxquels il allait avoir affaire à son tour, et dont au reste il n'y avait à dire que du bien.

Le comte , qui connaissait les scrupules de sa respectable tante , eut soin de s'y conformer ; et , sans avoir besoin de lui adresser une question compromettante, sans être obligé d'éveiller une fois la susceptibilité de sa conscience , il en obtint des renseignements aussi exacts et aussi précis qu'il eût pu les demander à l'agent de police le plus exercé.

Il y a des gens qui prétendent que tous les vices sont confinés dans les basses classes de la société 5 d'autres soutiennent qu'ils sont l'apanage exclusif des hautes classes. Les uns et les autres se trompent également La corruption est au fond partout la même,: elle varie seulement dans le mode de ses manilestations. Chez le peuple , elle s'étale dans toute la brutalité de ses instincts; chez Tarisiocratie, elle se déguise sous les mille

raffinements de l'éducation ; ici elle marche le front découvert et les mains nues, là elle porte un masque et des gants. Voilà toute la différence.

Une fois ses informations bien prises , le comte fil son plan de campagne. Il avait , pensait-il, quatre opérations à tenter : inspirer à Marcel de la jalousie à l'égard de sa cousine et le faire renoncer à attaquer le bien d'autrui en le forçant à défendre le sien ; susciter de la défiance entre la comtesse et son adorateur, afin d'amener des récriminations, et par suite une rupture; diminuer peu à peu le goût de la comtesse pour Marcel, en donnant ou tout au moins en prêtant à celui-ci des ridicules; ranimer l'amour peut-être mal éteint de sa femme, en faisant tour à tour appel à sa vanité , à son cœur et à ses sens. Si aucune de ces manœuvres ne réussissait, il devait se tenir pour battu et ne plus songer qu'à dissimuler sa défaite le mieux possible.

Agathe, de son côté, était vivement con-

Page 1