‹ Marcel (volume 2)Chapitre 32 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tie banquier quelque chose comme cinquante ou soixante mille francs, je ne sais pas au juste.

— En vérité? Mais alors je m'y perds.

Qu'est-ce que vous êtes donc venu l'aire dans ce trou?

— Vous voir.

— Seriez-vous par hasard redevenu amoureux de moi ?

— J'en ai peur.

— Tant mieux.

— Voilà un mot qui me comble de joie. Je ne m'attendais pas h tant de bon heur.

— Vous ne me comprenez pas. Ce n'est pas une espérance que je vous donne, c'est une menace que je vous fais. Ah! si vous aviez la folie de me raimer, je vous plaindrais.

— Pas moi.

— Il vous faudrait alors un fier courage; car je vous ferais une rude guerre.

— L'amour est comme la rose : tout en est charmant, même les épines.

— Nous verrons. Si vous dites vrai , je vais bien m'amnser. Les dieux, en s'en allant, ont laissé leur héritage aux femmes, et la vengeance était leur plaisir.

— Vous voulez vous venger?

— Terriblement.

— Et de quoi ?

— Vous croyez que je puis pardonner les offenses : tant mieux. Mais ne vous imaginez pas que je les oublie. Vous m'avez fait subir toutes les douleurs de l'amour méprisé, toutes les humiliations du délaissement. Vous m'avez vue d'un œil sec savourer le fiel de mes larmes. Je m'en souviens. Et si, du rang d'amie auquel il a bien fallu me résigner à descendre, vous aviez l'imprudence de me faire remonter à celui de maîtresse, du haut de ce pouvoir que vous m'auriez rendu, je vous condamnerais, je vous en avertis, non pas seulement sans f^mords,, mais ?îveq bonheur, aux supplices

Page 1