‹ Marcel (volume 2)Chapitre 36 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE. g · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. g

— Le fait est, avait répondu le commandant d'un air malin, qu'il est plus intéressé que personne au maintien du bon ordre.

Il y va de sa tête.

Enciianté de sa plaisanterie, il avait promis au curé l'inertie d'un bonhomme de bois. Cependant il ne pouvait se défendre d'un retour de son antipathie naturelle contre les aristocrates et les officiers de la restauration, et il prit, à l'apparition d'Arthur, l'attitude ombrageuse d'un dogue qui voit entrer pour la première fois le chien d'un ami de la maison et ne se laisse aller à aucune familiarité pour avoir le droit de jouer des dents à la première occasion. Mais cette préméditation de mauvaise humeur ne tint pas contre les cajoleries du nouveau venu, qui, fidèle à son système de prudence , sut être charmant pour tout le monde, et particulièrement pour le commandant. Celui-ci ne se sentit pas d'aise en entendant le comte se proclamer enchanté II. 6

de faire connaissance avec un des glorieux débris de la grande armée.

Il y a dans toutes les professions, malgré les différences de caste et d'opinion, un certain amour de la robe qui ne s'efface jamais complètement. Mais c'est chez les gens de guerre que cette sorte de francmaçonnerie sentimentale est la plus puissante et le plus indélébile. Le drapeau est pour eux le symbole d'une seconde patrie dont ils sont tous citoyens. Ils éprouvent pour l'homme qui a servi comme eux une estime pour ainsi dire préventive et un attrait involontaire qui se fait jour en dépit de tout.

Au bout de quelques instants de conversation, les deux militaires furent les meilleurs amis du monde.

On fit de la musique. Le comte, qui avait une belle voix, pria Eugénie de l'accompagner, et chanta à la satisfaction générale. Marcel vit seul son succès avec contrariété. Le comte s'aperçut de sa mauvaise humeur,

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