‹ Marcel (volume 2)Chapitre 38 sur 128 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

qui avait eu soin de presser la marche de manière à gagner de l'avance sur l'autre groupe, s'arrêta, et, jetant un regard en arrière :

— Vraiment, messieurs, dit-elle, nous allons nous faire accuser, moi de monopole et vous d'impolitesse : j'ai deux cavaliers, autant à moi seule que ces trois dames ensemble.

En disant ces mots, elle avait lâché le bras du commandant et saisi la main de Marcel. Naturellement celui qu'on retenait resta et celui qu'on abandonnait à l'impulsion de sa politesse s'éloigna. La comtesse eut, au reste , la bonne grâce de ne pas laisser sans récompense le dévouement de M. Jacquin.

— Ah ! monsieur Marcel , dit-elle d'un ton de reproche au jeune homme dont elle prenait en même temps le bras, vous vous laissez devancer par le commandant! On a bien raison de dire que les jeunes gens d'aujourd'hui sont moins polis que leurs devanciers.

86 lyfARCEL.

Et elle entraîna Marcel , en lui disant à voix basse : •

— Marchons !

Quand elle fut assez loin pour n'avoir plus à craindre d'être entendue, elle rept*it :

ri-^'ïl faut que je vous gronde.

— Moi? fit Marcel étonné.

— Oui. Tantôt, quand mon mari est arrivé, vous avez fait une figure de l'autre monde. On ne prend pas de ces airs -là, à moins de vouloir tout perdre, surtout en pareille circonstance. Il faut que vous le sachiez, ce n'est pas le hasard qui a amené le comte icK

— Je le sais, dit Marcel avec tristesse, c'est l'amour.

— L'amour! répéta Agathe d'un air railleur. Vous avez donc prisau sérieux lesbelles paroles et les caresses empressées de mon mari? Il n'y avait que vous au monde capable de s'y tromper. Que vous êtes enfant! Je ne vous en blâme pas; au contraire, je vous

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tn aime davantage. Voire belle sincéfire ne peut soupçonner le mensonge; mais tout cela n'était, comme l'on dit, que de l'èau bénite de cour. Arthur n'a fait que me rendre les politesses qu'on se doit entre époux bien appris. Rien de plus. Il ne m'aime pas plus que je ne l'aime.

— Vous ne l'aimez pas! bien vrai?

— Pouvez-vous me le demander! C'est mal à vous, Marcel, de douter ainsi âe moi.

— Oh ! non , je ne doute pas de vous , Agathe ! s'écria le jeune homme ; vous savez bien que je vous adore de tonte mon âme.

— Pas si haut, dit la comtesse en tui serrant vivement le bras et en tournant la tête en arrière pour voir s'H n*y avait personne à portée.

— Mais, reprit Marcel à voix basse, le comte est si beau!

— Qu'est-ce que cela fait"?

— Il est si élégant, si spirituel, si...

— Qu'importent toutes ses qualités? J'y suis trop accoutumée pour y faire attention.

Terrible parole que la comtesse regretta aussitôt qu'elle l'eut dite , mais que Marcel ne pouvait comprendre. Elle ne voulut cependant pas lui donner le temps d'y réfléchir, et reprit rapidement :

— Ce n'est pas là qu'est le danger; ce n'est pas de moi que vous devez vous défier, mais de vous-même.

— De moi?

— Oui, de votre imprudence. Il faut veiller attentivement sur vos actions, sur vos gestes, sur vos regards; il faut enfermer dans l'ombre et le silence toutes vos pensées et tous vos sentiments, si vous ne voulez pas trahir la complicité de nos cœurs. Le moindre indice suffit à des yeux jaloux.

— Jaloux! vous voyez bien qu'il vous aime.

— Mon Dieu, non; je vous l'ai déjà dit. Vous ne comprenez pas cela, vous ne connaissez pas le monde. C'est une jalousie,

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