DEUXIÈME PARTIE
non d'amant, mais de mari; une jalousie qui n'a d'autre mobile que la vanité. — Je n'habite pas ce palais, je ne savoure pas ce fruit , je ne cueille pas cette fleur, mais ils m'appartiennent, et je ne veux pas que personne en jouisse à ma place. — Voilà ce que dit l'égoisme envieux des gens du monde ; et cette jalousie est d'autant plus perspicace qu'elle a tout le sang-froid de l'indifl'érence , d'autant plus dangereuse qu'elle a toute l'opiniâtreté de l'orgueil.
— Oh ! cela est odieux.
— Cela est malheureusement vrai. Prenons donc bien garde à nous, car le comte a des soupçons.
— Déjà?
— Depuis long-temps. C'est ce qui l'a conduit ici.
— Sa défiance lui aurait donc fait deviner ce qui se passait à cent lieues de lui?
— Non. Il n'a rien deviné; mais je crains qu'il n'ait été averti de tout.
— Par qui ?
m MARCEL.
— N'avons-nous pas un ennemi ?
— Un ennemi! lequel?
— Je n'en ai qu'un dans le monde , et vous le connaissez.
— L'abbé Pascal?
— Sans doute.
— Oh ! il est incapable d'une pareille lâcheté.
— Vous vous trompez; il est capable de tout.
Marcel baissa la tête sans répondre. Quelque ressentiment que sa passion blessée nourrît contre le curé, il ne pouvait se résoudre à charger d'une supposition infamante un homme qu'il avait si longtemps considéré comme le modèle de toutes les vertus. Agathe comprit ce silence et redoubla ses coups pour décider en sa faveur l'âme irrésolue de son amant.
— Vous ne connaissez encore ce prêtre qu'à moitié, reprit-elle, et, s'il ne s'agissait de l'avenir de notre amour, d'un amour qui est désormais ma vie même, je n'aurais