DEUXIÈME PARTIE
pas le courage d'éclairer à vos yeux le fond de cette nature ténébreuse. Vous vous le rappelez, ce matin^ quand vous m'avez rapporté cette affreuse histoire qu'il vous avait racontée, je ne me suis défendue contre aucune de ses accusations, aimant mieux m'exposer à vos soupçons qu'attenter à votre tranquillité.
—Ah! vous savez bien que je ne vous ai pas un instant soupçonnée, Agathe !
— C'est vrai, et vous avez vu combien j'étais touchée de votre confiance. Mais elle pouvait ne pas durer. Un moment pouvait venir oii vous vous seriez démandé s'il n'y avait pas quelque vérité mêlée à ces allégations qui vous avaient d'abord semblé n'être que des mensonges, et sur quelles réalités était fondé cet édiûce de chimères. Eh bien ! quelque danger qui pût résulter pour moi de mon silence, je me reposais sur votre loyauté du soin de ma justification. Mais, à cette heure que je vois votre bonheur menacé en même temps que Ite
mien, je n'hésite plus, et, quoi qu'il m'en doive coûter de dire la vérité, je vais vous mettre, une fois pour toutes, en garde contre cet homme, qui est à la fois mon ennemi et le vôtre.
La comtesse s'interrompit un moment, comme pour prendre des forces. Marcel, s'attendant à quelque révélation terrible, était en proie à une vive anxiété.
— Il faut que je vous aime bien, Marcel, reprit au bout d'un instant la comtesse en poussant un profond soupir, il faut que j'aie de votre caractère une haute opinion, pour vous faire un pareil aveu. Ce que vous a raconté Pascal est vrai.
Si inquiète que fût son imagination, le jeune homme ne s'était rien figuré de semblable. Cette parole inattendue le frappa d'un coup terrible. Il chancela, et serait tombé, si la comtesse ne l'eût soutenu.
— C'est vrai ! répéta-t-il avec découragement, quand, le premier étouffement passé,