DEUXIÈME PARTIE
aussi abominable trahison , et cet hommelà encore !
— Si vous en doutez, interrogez-le, et vous verrez comment il vous répondra.
Cette proposition acheva de convaincre le jeune homme.
— Je n'en doute pas, répondit-il, puisque c'est vous qui le dites, Agathe; mais c'est horrible.
— Je n'ai pas besoin de vous dire combien j'ai souffert.
— Pauvre femme !
— J'ai failli mourir de désespoir et de honte.
— Ce n'était pas votre faute.
— Qu-importe? il y a certains crimes qui, par une déplorable fatalité, au lieu de retomber sur le coupable, pèsent tout entiers sur la victime. L'outrage que j'avais subi me mettait dans la dépendance de celui qui me l'avait infligé. A qui me plaindre? A mon père? c'était le tuer. A un étranger? c'était me déshonorer. A mon bomTeau lui-
même? je n'avais rien à en espérer, et j'avais tout à en craindre si je l'irritais. Que ne pouvait faire sa haine après ce qu'avait fait son amour? Je fus obligée de dévorer en silence l'amertume de mon chagrin. Mais cette injure, que je ne pouvais ni effacer ni venger, je ne pouvais non plus ni l'oublier ni la pardonner. Je dissimulai, en attendant l'occasion de la délivrance. L'occasion vint. J'en profitai. Eus-je tort? Et la punition que reçut de moi mon persécuteur, dites, futelle proportionnée à son offense ? Est-ce ma faute si la Providence l'a frappé si rudement d'un autre côté, et n'ai-je pas, de son propre aveu, fait plus pour lui qu'il ne méritait en secourant sa mère, en écoutant la voix de la pitié, quand j'aurais pu ne prêter l'oreille qu'à mon ressentiment ?
Marcel ne répondit pas ; mais l'agitation de ses traits et les mouvements précipités de son cœur, que la comtesse sentait battre avec violence, lui disaient assez quelle part il prenait à ses souffrances, quelle approba-