‹ Marcel (volume 2)Chapitre 46 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tait la question de son propre bonheur, il avait entendu son ami et sa maîtresse se jeter mutuellement les plus terribles accusations, et ne pouvait absoudre l'un sans accuser l'autre. En vain il tentait d'échapper aux conséquences de ce cruel dilemme; en vain il se débattait contre la douloureuse nécessité de prononcer un verdict dont il devait être , en tout cas , la preniièi-e victime.. Enfermé dans un cercle vicieux, il fallait, malgré ses eflbrts, qu'il en revînt toujours au même point, et qu'il se décidât à sacrifier une de ses croyances, une de ses affections à l'autre , et à couper, pour ainsi dire, son cœur en deux, afin d'en sauver la moitié.

Ni les vertus ni les bienfaits de l'abbo Pascal ne pouvaient lutter long-temps contre l'ascendant magique d'Agathe. La réflexion confirma l'arrêt du premier mouvement, et l'amitié fut immolée h l'amour.

Marcel se détermina, non sans d'amers regrets, à considérer le curé comme un

ennemi acharné et déloyal de son bonheur, et résolut, en conséquence, de rompre avec lui tonte relation.

La comtesse avait réussi au i'ré de ses vœux; elle avait assuré sa conquête en écartant le seul adversaire qui eût pu la lui disputer sérieusenjent, et elle n'avait plus à la défendre que contre son mari qn'elle croyait peu redoutable. Elle n'avait pas eu de peine à le rendre suspect à Marcel, qu'une antipathie instinctive prévenait défavorablement. Le comte, condamné , sans nulle forme de procès, dans l'opinion du jeune homme, demeura à tout jamais atteint et convaincu d'égoïsme, de tyrannie et de tous les vices et défauts qui constituent, au dire des célibataires et des femmes, l'apanage des maris.

Mais il n'était pas homme à se tenir pour vaincu sans combat.

A l'inutilité de sa première tentative pour

rendre Marcel jaloux d'Eugénie, il avait

i.tout de suite reconnu qu'il n'y avait rien à

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