DEUXIÈME PARTIE. 11S
naître le pays, lui proposait une promenade à laquelle un regard de la comtesse l'obligeait de consentir.
Arthur trouvait doublement son compte aux longues pérégrinations qu'il faisait su bir à son rival, le tenant d'abord éloigné de sa femme pour la plus grande partie de la journée, pouvant ensuite travailler à son aise à le démoraliser.
Il trouvait facilement moyen d'amener la conversation sur les femmes, et, une fois ce chapitre entamé, il ne tarissait plus, les accusant d'inconstance, de fausseté, de coquetterie , de faiblesse, et racontant, en preuve de ses assertions , cent histoires plus ou moins vraies , mais toutes plus scandaleuses, plus singulières, plus fâcheuses les unes que les autres pour l'honneur de la plus belle moitié du genre humain.
— Vous êtes bien heureux, disait-il souvent à Marcel, votre cousine est une fille accomplie qui réunit à tous les doiLS de la beauté toutes les qualités du cœur. Élevée
dans la solitude, nourrie des plus pures idées de la morale chrétienne, formée par les saints exemples de sa mère, elle a échappé à cette contagion de vices, à cette dépravation épidémique qui flétrit presque tout le reste de son sexe. Une femme pareille, c'est un quinc à la loterie. Vous êtes né sous une étoile favorable. En épousant votre cousine , vous vous assurez une compagne aimante, dévouée, sincère. Une femme sincère! si vous aviez vécu comme moi, vous sauriez que c'est là un rare trésor. Un merle blanc est plus facile à trouver. Vous ne pouvez pas vous figurer, mon cher ami, jusqu'à quel point ces charmantes et odieuses créatures, qui font à la fois notre bonheur et notre tourment, poussent la duplicité. Ne pas tromper, pour elles, c'est ne pas vivre. Le mensonge n'est point une nécessité qu'elles subissent, c'est un plaisir qu'elles cherchent, un appétit qu'elles satisfont. Elles s'y exercent dès leur jeune âge, comme un soldat aux armes, comme