DEUXIÈME PARTIE
un chien à la chasse. Elles en ont i'ail nn art dont elles se communiquent les secrets les unes aux autres, une science hiérogly» phique dont elles se transmettent soigneusement les traditions. Elles le pratiquent d'un bout de leur existence à l'autre, commençant par leurs parents, continuant par leurs maris, finissant par leurs enfants. El quand je dis finir , je ne répondrais pas qu'elles n'en content pas après leur mort au Père éternel lui-même. Eve, notre mère commune , n'a-t-elle pas , dans le temps, voulu duper le bon Dieu? Si elle n'y a pas réussi, ce n'est pas sa faute, et elle ne s'est pas le moins du monde inquiétée des mauvaises affaires qu'elle nous mettait sur les bras. Car, pourvu que les femmes viennent à bout de réaliser leurs fantaisies, peu leur importent les moyens et les conséquences. Elles n'ont souci ni de la dignité ni même de la vie des hommes. Elles feront battre des montagnes pour s'amuser. Il est vrai que, si un malheur arrive, elles verseront
des torrents do iarmes et feront une magnifique exhibition de désespoir. Mais laissez faire; l'orage passera vite; le premier rayon de soleil en séchera les traces , et, bientôt consolées, elles retourneront à leurs occupations naturelles, cherchant pâture, l'une à sa curiosité, l'autre à son libertinage, celle-ci à sa vanité, celle-là à la trinité de ces passions réunies. Rien n'étonne leur audace, rien n'embarrasse leur dextérité. Elles mènent h grand'guides une intrigue double , triple , quadruple même, comme un habile cocher mène une calèche à quatre chevaux. Il y a surtout un point où elles excellent, et que j'appelle le jeu de bascule. Une femme a d'un côté un mari, de l'autre un amant, qui se voient, se surveillent et se jalousent sans cesse l'un l'autre. Eh bien! par des prodiges d'art, par des chefs-d'œuvre de diplomatie , elle vient presque toujours à bout de les calmer et de les contenter tous les deux. Au mari, elle fait accroire que l'amant est un soupi-