‹ Marcel (volume 2)Chapitre 5 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE. H · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. H

sensible aux séductions de nul d'entre eux, et je m'indignais à l'idée qu'elle en pût remarquer un seul. Une sourde colère grondait au fond de moi, toujours prête à éclater; sombre, inquiet et mécontent, je promenais autour de moi des regards pleins de haine et de menaces. J'aurais voulu pouvoir défier à haute voix tous ceux qui entouraient ma maîtresse, ou lui voir choisir un favori dont je pusse me faire une victime. Mais aucun acte significatif ne venait donner de prétexte à mon besoin de violence; personne ne paraissait seulement s'apercevoir de mon agitation, et ma rage impuissante ne trouvait que moi-même h dévorer.

Quand je faisais part à Agathe de mes tourments, elle ne faisait qu'en rire. — Quelle folie! disait-elle; puis-je à moi seule réformer le monde? S'il ne fallait que ma volonté, vous seriez prince; mais je ne puis faire qu'une chose, vous aimer! N'est-ce pas assez? ne voulez-vous plus espérer et atten-

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(Ire avec moi? Eh bien! dites un mot, j'obéirai. Voulez-vous un scandale pour preuve de mon affection? voulez-vous que je me perde? Je me perdrai. Je vous l'ai déjà offert, et j'y suis encore prête; mais après, que deviendrons-nous?

Il n'y avait rien à répondre ; il était malheureusement prouvé pour elle comme pour moi que je ne pouvais subvenir aux besoins de personne : à peine réussissais-je à me procurer à moi-même une chétive et misérable existence.

O misère, tu jettes une chaîne sur tous les désirs , une impossibilité sur toutes les audaces, une ombre sur toutes les lumières ! tu mêles l'inquiétude à tous les sourires et le fiel à toutes les larmes !

Au milieu de mes préoccupations, je n'oubliais pas ma mère , et son souvenir ne faisait qu'aggraver mes peines; je la voyais assise seule au coin de son feu et pleurant mon absence; je brûlais de me trouver près d'elle, ne fût-ce que le temps

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