DEUXIÈME PARTIE. îi
de l'embrasser et de lui dire : « Espère ! n Mais Agathe s'était toujours si fortement opposée à mon départ, elle avait repoussé avec tant de vivacité l'idée d'une séparation, si courte qu'elle pût être, que je n'osais plus lui en parler.
Un soir qu'elle me voyait triste :
— Je sais la cause de votre chagrin , me dit-elle en souriant, et je veux la faire disparaître : je vous permets d'aller voir votre mère.
Je la regardai avec étonnement. Elle ajouta :
— C'était de ma part une folie et une cruauté de vous en empêcher. Que voulezvous? l'amour est plein de caprices et de tyrannies ; il faut me pardonner la faute en faveur du motif : je voulais régner sans partage sur votre âme; je voulais être sûre que vous me préfériez à tout : maintenant, que vous m'avez donné cette irrécusable preuve de votre attachement, je suis contente, et je vous rends votre liberté.
— Tout entière? m'écriai-je avec effroi.
— Non, répondit-elle d'un air caressant, seulement ce que vous en voudrez prendre.
Je la remerciai avec effusion, et je lui fis mes adieux en annonçant mon départ pour le lendemain.
Le lendemain je ne partis pas. Tant qu'Agathe m'avait défendu de m' éloigner, je l'avais ardemment désiré; quand elle me l'eut permis, je ne le voulus plus. L'heure de la séparation avait réveillé ma défiance et ma jalousie; assailli de pressentiments sinistres , je sentais ma joie se changer en inquiétude et ma reconnaissance en soupçon : je craignais que cette complaisance inattendue ne cachât une trahison.
— Sans cela, me disais-je, comment expliquer ce changement dans la conduite d'Agathe? Si l'amour est, comme elle l'affirme elle-même, capricieux et tyrannique, peut-elle, sans cesser de m'aimer, devenir vis-à-vis de moi juste et sensée ? non : la