DEUXIÈME PARTIE. m
lié pins tendre aux mystères de la débiluelie, Arthur ne pouvait croire à la \:)arfaite irliiocence d'iiti garçon de vingt ans. ÎIl parlait donc aii jeûne Breton comme il eût parle à un Parisien du même âge, le supposant instruit de tout ce qu'il ignorait. Moitié par étonjiement, et, il faut le dire, moitié par curiosité, Marcel le' laissait aller et arrivait à sa suite, non pas précisément à connaître, mais du moins à soupçonner des choses dont il ne s'était pas douté jusque-lii: L'e voile flottant de la virginité se soulevait peu à peu devant ses "y^ux, et lui laissait entrevoir ditiis l'amour un autre bonheur que irunion'^de deiix'âmes sympathiquéi^.
Des luéutsy douteuses enbore, mais ébloili^ santés qiour de:^ regards inaccoutumés, de'sicendaienl dans le chaos de son imagination et commençaient à donner une forme plus arrêtée aux fantômes indécis de ses songes. Sa pensée s'élançait avec une ivresse furieuse dans le domaine du possible, et, à force de le parcourir en tout sens, parve-
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nait quelquefois, dans sa course désordonnée, à effleurer la réalité.
jjY II ne pouvait résister long-temps à l'obsession de son cœur qui lui demandait la vérité à grands cris. Était-il uniquement aimé , et quel était le dernier mot de l'amour? Il lui fallait à tout prix une réponse à ces deux questions, et il résolut de l'obtenir.
Le comte et la comtesse avaient également manqué le but en le dépassant; l'une avait exposé son amant à la méfiance, l'autre avait poussé son rival à l'audace.
Surexcitées par ce concours de circonstances irritantes, les passions du jeune homme se développaient avec la même rapidité qu'une plante enfermée dans une serre chaude.
Le mois d'août louchait à ses derniers jours.
C'est le temps où l'été, près de s'enfuir, vide sur la terre son trésor de magnificences. Les arbres revêtent leur plus riche verdure; l'air exhale ses plus molles haleines; les oiseaux font vibrer dans leurs chansons d'adieu leurs inspirations les plus sonores; la nature, comme une amante passionnée au déclin de la nuit, concentre dans une extase suprême le roste de ses forces.
Une soirée paisible succédait à une journée orageuse. L'atmosphère était humide et tiède. Le vent du sud, après avoir balayé les vapeurs qui voilaient la limpidité du ciel, venait de s'endormir. Une dernière bande de nuages se balançait seule à l'extrémité de l'horizon; et les pâles éclairs sillonnant silencieusement ses flancs sombres semblaient la dernière protestation de la tempête expirante. Vénus, se dégageant delà brume, éclipsait de ses rayons la morne splendeur des étoiles assoupies dans les profondeurs de l'espace.
Agathe et Marcel, accoudés ensemble à une fenêtre du salon, regardaient la baieJni La brise leur apportait en même temps le;;. il parfum des foins coupés et les roulades lan- .î-) goureuses des merles. Ils savouraient par' • tous le» sens à la fois les enivrements de cette nuit délicieuse ; accablés sous le poids de leurs impressions, énervés par une ineffable plénitude de bieu-êtro, ils n'échangeaient pas une parole. .,'.m)io: