‹ Marcel (volume 2)Chapitre 54 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

A l'autre bout du salon , le comte, étendu sur une ottomane, fumait paisiblement un cigare. De temps en temps il jetait un coup d'œil du côté de la fenêtre, puis se remettait à suivre d'un regard indifférent les formes changeantes de ses bouffées de tabac.

Quand il eut fini son cigare , il se leva et se dirigea vers la fenêtre. Grâce au tapis qui amortissait le bruit de ses pas, il put s'approcher sans être entendu. Arrivé près d'Agathe, il lui passa le bras autour de la taille. A peine l'eut-il touchée qu'elle sauta en poussant un petit cri, comme si elle eût été atteinte par une étincelle électrique. Marcel se retourna en même temps, en lançant au comte un regard de colère.

Celui-ci ne sembla pas y faire attention , et, fixant ses yeux sur ceux de sa femme, lui dit, d'un air étonné :

— Qu'y a-t-il donc, ma chère? Vous ai-je fait mal ?

— Non, répondit-elle d'une voix mal as-

^îi MARCEL.

surëe, ce n'est rien. L'orage m'a rendue un peu nerveuse. Voilà tout.

— Ah ! vous êtes nerveuse , ce soir ! reprit le comte; si je l'avais su, je ne me serais pas permis de vous surprendre de la sorte. Je vous demande pardon. Je ne recommencerai pas.

Et, s'en retournant comme il était venu, il alluma un nouveau cigare et se recoucha sur l'ottomane.

Après un silence , Marcel se frappa tout h coup le front avec violence , en murmurant des mots inarticulés. La comtesse tourna vers lui un regard inquiet et lui dit à voix basse :

— Qu'avez-vous ?

— C'est odieux î

— Quoi donc?

— Je ne puis supporter plus long-tempsr les libertés que cet homme prend avec vous.

— Mon mari ? Mais il n'a fait que poser par hasard la main sur ma ceinture.

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