DEUXIÈME PARTIE. V3*l
il en soupçonnait l'objet, et il n'était pas fâché de s'assurer que Marcel quittait véritablement le château. La comtesse, quoiqu'elle ne crût pas son mari aussi bien informé qu'il l'était, voulut cependant, par un de CCS excès de prudence familiers aux femmes du monde, être de la partie, afin d'empêcher toute occasion de conflit ; mais, pour n'exciter ni colère d'un côté ni soupçon de l'autre, elle ne donna le bras à personne.
On riiarcha de compagnie, sans autre lumière que la douteuse clarté des étoiles, jusqu'à l'endroit où commence le sentier qui descend vers la baie. Arrivé là, Marcel s'arrêta, et dit :
— Il faut nous séparer ici, monsieur le comte. Je m'en retourne en bateau, et madame ne pourrait, sans danger, s'aventurer sur cette pente que la pluie a rendue glissante. Bonsoir.
El il se mit à descendre rapidement le sentier, sansallendje la réponse de ses deux
jBf, MARCEL.
compagnons, qui, après lui avoir rendu de loin son bonsoir, reprirent la route du château.
Arrivé sur le bord de la baie, au lieu de gagner l'endroit où était attaché son bateau, il tourna sur la droite et se mit à courir dans la direction de la mer. Il atteignit en quelques minutes les rochers qui, montant de la grève à la lande, forment au château une base naturelle, et, s'y élançant aussitôt, les gravit avec l'audace et l'agilité d'une chèvre. Parvenu au pied du mur, il ne s'y arrêta que le temps nécessaire pour y trouver un premier point d'appui, et entreprit, sans ^ hésiter, la périlleuse escalade. Le château était posé à pic au-dessus des rochers, et l'aventureux jeune homme, si le pied ou la main lui eût manqué, se serait tué roide. Mais l'habitude des ascensions périlleuses lui avait donné le sang-froid d'un matelot et l'aplomb d'un montagnard.
,1 j (D'ailleurs la passion est une ivresse, et le dieu des buveurs protège aussi les amants.