DEUXIÈME PARTIE. t3."i
Retardé, malgré tout son courage, par la terrible attraction du précipice, trompé par l'illusion des ténèbres, sentant à chacpio instant crouler la pierre à laquelle il commençait à se suspendre, glissant et se rattrapant à quelque invisible aspérité, gagnant et perdant tour h tour du terrain, toujours près de périr et se sauvant toujours, Marcel mit plus de temps à franchir les vingt pieds qui séparaient du sol la chambre d'Agathe, qu'il ne lui en avait fallu pour venir du bas du sentier au sommet des rochers.
Enfin, après d'incroyables eiforts, il réussit à se cramponner au rebord de la fenêtre, et, s élevant à la force des poignets, il sauta dans la chambre.
Mais il ne se trouva pas plutôt à l'abri des dangers matériels qu'il avait bravés avec une si insouciante témérité, que la peur le prit. Arrivé au but de son entreprise, il fut épouvanté de son audace.
F Que dirait la comtesse en le voyant? que dirait-il lui-même pour justifier son étrange
démarche? quelle raison donner à celle rentrée clandestine? que venait-il chercher? que venait -il (aire? Il eût été bien embarrassé de l'expliquer à autrui, ne le sachant pas lui-même au juste. Et, si le comte le surprenait, quel scandale! Ne s'exposait-il pas, pour courir à la poursuite d'un bien inconnu, à perdre l'affection et jusqu'à l'eslime de celle qu'il aimait? et ne pouvait-il pas payer de son bonheur la recherche d'un plaisir peut-êlre imaginaire ?
Il se repentait déjà d'être venu, et se reprochait amèrement sa folie. Bientôt même, cédant à ses regrets et à ses terreurs, il prit le parti de s'en retourner. Impossible de gagner la porte du château sans rencontrer presqu'à coup sûr le comte et la comtesse, qui devaient être de retour. Il ne lui restiiit donc d'autre issue que la l'enêtre. Il se détermina, au risque de sa vie, à sortir comme il était entré.
Il avait déjà le pied sur le bord de la margelle, quand il entendit marcher dans le