‹ Marcel (volume 2)Chapitre 59 sur 128 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

son mari vers la porte. Il se laissa faire; mais, au moment de sortir, il se retourna et dit :

— Voulez- vous au moins me permettre de vous embrasser ?

— A quoi bon ?

— Vous refusez ?

— Net.

Le comte sortit, en poussant un profond

soupir. La comtesse referma la porte sur

'I lui, et mit le verrou.

Grâce à l'interstice de la porte et de la boiserie, Marcel entendait et voyait presque tout ce qui se passait dans la chambre.

Il était resté, pendant la courte visite du comte, en proie aux plus vives appréhensions. Quand il se trouva enfermé seul avec Agathe , son inquiétude , en changeant de nature, ne diminua pas d'intensité. Il était décidé à ne point passer la nuit coniiné dans sa cachette, et cependant il n'osait se montrer.

On est toujours ingénieux à retarder les

crises qu'on redoute. Marcel trouva cent prétextes pour attendre. Le comte pouvait revenir pour une raison, la femme de chambre pour une autre. Personne n'était encore couché 5 et quelqu'un se trouverait probablement à portée d'entendre la conversation qui ne pouvait manquer de s'engager vivement au moment de son apparition.

Ces considérations , qui servaient à masquer la peur du jeune homme, le firent tenir coi jusqu'à nouvel ordre.

Il n'aurait certes pas hésité de la sorte s'il eût pu deviner ce qui se passait dans l'âme d'Agathe. Quelqu'énigmatiques qu'eussent été les paroles de Marcel , elle en avait deviné le vrai sens et pris ses questions pour une demande de rendez-vous. Elle n'avait renvoyé son mari si promptement que pour être libre de recevoir son amant. Egalement effrayée et enchantée de son audace , elle frémissait à la fois de crainte et d'impatience en l'attendant. Que d'imprudence , mais aussi que d'amour dans la ré-

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