‹ Marcel (volume 2)Chapitre 60 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

solution extrême qu'il avait prise ! Elle calculait toute l'étendue tki danger auquel il les exposait tous deux , elle et lui ; mais son imagination aventureuse trouvait, dans l'étendue même de ce danger , une source d'émotions plus vives et comme un âpre assaisonnement aux joies de l'amour.

Elle se demandait, il est vrai, comment Marcel espérait venir h bout de son dessein, et ne pouvait se figurer quels moyens il mettrait en œuvre. Le comte avait , en rentrant, fermé à double tour la seule porte qui communiquât avec le dehors , et mis la clef dans sa poche. On ne pouvait donc plus pénétrer dans l'appartement que par escalade. iMais , quelque bonne opinion qu'elle eût du courage et de l'adresse de Marcel , elle ne supposait pas qu'il pût tenter et surtout accomplir une entreprisse aussi périlleuse.

Cependant, comme son caractère exalté avait foi dans l'héroïsme de l'amour, et son esprit turbulent dans l'indulgence du ha-

sard, elle garda une vague espérance et prit ses précautions pour ne pas faire , en tout cas , manquer le rendez-vous par sa faute. Elle alla ouvrir les croisées du salon, et, en revenant, ne ferma la porte de sa chambre qu'au loquet, sans remettre le verrou. Elle s'accouda sur sa fenêtre, tendant l'oreille et promenant de tous côtés des regards attentifs. Au bout de dix minutes', n'entendant et ne voyant rien, elle poussa la fenêtre sans la fermer, tira le rideau pour se mettre à l'abri de l'air humide de la nuit, gagna son lit, se coucha et souffla sa bougie.

L'obscurité rendit un peu de courage h Marcel. Ce moment était d'ailleurs celui qu'il s'était (i\é comme terme de ses incertitudes. S'il n'osait pas maintenant sortir de sa retraite , il n'y avait plus de raison pour qu'il n'y restât pas toute la nuit ; il prit donc son grand courage et résolut d'aller sans plus de retard s'agenouiller au chevet d'Agathe pour lui demander pardon de son audace.

Page 1