‹ Marcel (volume 2)Chapitre 7 sur 128 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

passion étant une folie, la raison ne saurait marcher sans l'indifférence.

Le soir même, décidé à éclaircir mes doutes, je pénétrai chez elle à l'improviste. Je voulais juger de ses sentiments par l'effet que ma présence inattendue produirait sur elle ; mais je cherchai vainement sur sa physionomie le moindre indice d'embarras ou de dépit. Elle me fit le plus tendre accueil, et sa surprise parut toute joyeuse; elle ne s'informa seulement pas de la raison qui m'avait déterminé à rester. Voyant qu'elle ne m'adressait pas une question, je fus obligé de prendre l'initiative par un mensonge : je lui dis que j'avais reçu dans la journée une lettre de ma mère , qui se portait à merveille et m'engageait à ne pas quitter Paris tant que mes intérêts m'y retiendraient.

— Tant mieux pour tout le monde, s'écria Âgaihe d'un air enchanté.

Ces témoignages d'affection ne me rassurèrent qu'à moitié; et, sourd à la voix du

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devoir et de la nature qui m'appelaient vers ma mère, je ne pus, pendant tout un mois encore, me résoudre à partir.

Mais un jour, je reçus une lettre du vieux médecin, notre ami, qui ne contenait que ces mots : — Accourez ; votre mère est bien malade.

Frappé de cette nouvelle comme d'un coup de foudre, je tombai dans une sorte d'anéantissement , mais bientôt la douleur me rendit mes forces. Je courus chez le baron ; je lui fis part, ainsi qu'aux siens, du malheur qui m'arrivait; j'échangeai avec Agathe un regard d'adieu, et je me mis en route.

Le printemps était revenu. Les blés commençaient à verdir, et les bourgeons s'entr'ouvraient aux rayons d'un soleil plus chaud.

Le jour de mon arrivée, le temps était magnifique, les champs avaient un air de fête : cela me rendit l'espérance. A l'aspect de cette vie qui éclatait dans la nature en-

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