DEUXIÈME PARTIE
porte du salon. Elle courut après lai , et lui saisissant le bras de ses deux mains :
— Marcel, écoutez-moi ! lui dit-elle d'un ton suppliant.
— Ne me touchez pas , madame ! répondit-il d'une voix irritée.
Et, se dégageant en même temps avec un geste de dégoût, il sortit de la chambre.
N'ayant pas trouvé de clef à la serrure do la porte d'entrée , il sauta par une fenêtre qui donnait sur le préau , et se mit h courir de toute sa force au travers de la lande, en proie à une douleur furieuse', pleurant, et criant à la fois comme un enfant blesse.
Il arrive un âge oii l'habitude du malheur et la connaissance des hommes donnent l'apparence du stoïcisme. Les coups de l'infortune déchirent sans étonner, et l'on sait que le dédain avoisine la pitié. On tient à lionneur de se mettre au-dessus des chances dé la moquerie : on enveloppe sa souffrance dans son orgueil ; et comme le jeuno Spartiate ,' oii laisse dévorer ses entrailles
Hi MARCEL.
en silence. La question n'est pas de guérir ses plaies, mais de les cacher au monde. Tu es dans le cirque , gladiateur , et César te regarde. Salue avant de mourir , et lâche de tomber gracieusement !
Mais l'adolescence ne connaît pas ces héroïques mensonges. Le lait de l'enfance se mêle dans ses veines au sang de la virilité. Déjà passionnée comme l'une , elle est encore naïve comme l'autre, et ne sait pas dégager les ambitions de l'avenir des faiblesses du passé. Elle dit tout haut ce qu'elle pense, et laisse éclater librement la [spontanéité de ses impressions , poussant la joie jusqu'à l'ivresse et le chagrin jusqu'à la démence, compromettant sans souci la limpidité de sa robe prétexte.
,. .JVlis hors d'haleine par la rapidité de sa course , étouffé par ses sanglots, Marcel se laissa tomber de son long par terre. Tantôt il se roulait sur le gazon humide, en poussant des cris aigus ; tantôt il mordait le .sol
et arrachait les herbes en murmurant des