DEUXIÈME PARTIR
trahison est plus qu'infâme, elle est ignoble. Et voilà ce qu'avait fait Agathe ! Voilà quelle avait été sa trahison !
Long-temps le jeune homme s'abandonna sans réserve à l'excès de son chagrin. Des paysans du village, qui allaient aux champs, l'aperçurent de loin et s'approchèrent avec étonnement. Il se mit la face contre terre, afin qu'ils ne lui parlassent pas.
Les grandes douleurs sont comme les grandes joies, et n'aiment pas à être troublées. U est des moments où l'on veut pouvoir ronger son cœur en silence et à Taise. Alors toute parole blesse. Autant vaudrait une injure qu'une consolation. Mais il y a des gens qui ont la rage de consoler. Ils veulent tout connaître, parce qu'ils ne peuvent rien comprendre. Ils ne manquent pas une occasion do tourmenter leur monde, sous prétexte de sympathie. On n'a pas assez d'émotions dans sa propre vie ; on en cherche dans celle des autres. Tout malhe\u' est de J)o:unc prise. On ic saisil, on
Hi MARCEL.
le déshabille, on l'examine, on l'interroge , on le pèse, on le juge. Et en avant les banalités !
Cela est surtout vrai des paysans. Leur existence est tellement régulière et monotone que toute chose imprévue y fait événement, comme dans les plaines le moindre accident de terrain fait montagne. Étrangers h la vie générale du monde, n'ayant guère pour sujets d'entretien que l'état de l'atmosphère et les chances de la récolte, ils se jettent avec avidité sur le premier sujet d'occupation qui se présente. Le plus mince aliment suffit à l'appétit de leurs esprits naïfs. Si c'est sur une souffrance qu'ils mettent la main, au désir de savoir vient se joindre le besoin de secourir. Dans ces cœurs simples la charité s'éveille à la suite de la curiosité, charité grossière autant que vraie. Ils cherchent à tirer devons, bon gré mal gré, la cause de votre mal, pour y appliquer im remède de leur façon. Patients connne les bœufs, ils vous labourent de