‹ Marcel (volume 2)Chapitre 68 sur 128 · DEUXIÈME PARTIE. IS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. IS

— Du sang ! s'écria en même temps Eugénie ; il est blessé !

— Blessé, mon Dieu! répéta madame Hubert en se précipitant vers lui. Montremoi ta tète.

— Ce n'est rien, répondit Marcel.

— Rien?

— Rien qu'une égratignure. N'y faites pas attention.

— Mais qui t'a fait cela? d'où viens- tu? dis, où as-tu passé la nuit?

Ces questions étaient faites d'une voix tremblante avec des regards pleins de larmes. Eugénie, debout à côté de sa mère, ne disait rien et ne pleurait pas ; mais elle était pâle comme la mort, et tremblait de tous ses membres. Marcel ne put soutenir l'aspect de cette anxiété dont il était la cause et s'écria :

— Au nom de Dieu ! ma mère, ne m'interrogez pas, et laissez-moi souffrir seul.

Et, s'arrachant des bras de madame Hu-

bert, il courut se renfermer dans sa chambre.

Eugénie, en le voyant s'éloigner, s'était caché la tête dans ses mains. Tout à coup la relevant avec un geste désespéré :

— Ah ! la malheureuse ! s'écria- t-elle d'une voix déchirante, elle nous tuera tous les deux.

Et elle tomba évanouie dans les bras de sa mère.

Ce premier et terrible épanchement d'une douleur jusque-là si héroïquement contenue, navra la pauvre femme. Elle avait deviné d'un coup toute la vérité, et elle n'eut plus de doute en apprenant, quelques heures après, que la comtesse venait de partir pour Paris avec son mari et sa tante.

C'en était fait du bonheur de toute cette famille.

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