TROISIEME PARTIE
Vers le midi d'une chaude journée, un voyageur a rencontré un fleuve, il admire la beauté de ses rives et l'éclat de ses eaux dormantes qui reflètent l'azur du ciel. Cachée dans les roseaux, la naïade l'invite, par un doux murmure, aux voluptés du bain. Il cède sans résistance à ses séductions, et, se dépouillant de ses vêtements poudreux, se dispose à chercher la fraîcheur dans le sein limpide des ondes. Au moment de s'y plonger, il est arrêté par un cri d'alarme. Abandonnant son troupeau,
un berger accourt vers lui, la terreur peinte sur le visage, et le supplie de renoncer à son dessein. — Tout est ici tromperie et danger. La plage, si mollement inclinée vers le bord, est coupée h pic quelques pieds au-delà ; l'eau est profonde, et sous sa surface tranquille cache de rapides courants qui mènent à un tourbillon. Tout ce qui y tombe s'engouffre et disparaît pour toujours. Les forts taureaux eux-mêmes sont entraînés. Pas de lutte possible. Se baigner, c'est se perdre. — Le voyageur rit des frayeurs du berger et méprise ses conseils. Puis, comme celui-ci insiste, il le repousse durement et s'élance dans l'eau. Il nage d'abord avec aisance, plonge et replonge, et joue avec les flots. Il jette un regard de triomphe au berger qui, appuyé sur sa houlette, le contemple d'an air désolé, et il semble le railler de ses sinistres avertissements. Tout à coup il se sent entraîné avec une effroyable violence, (^t recounaît ce courant qu'il niait tout à l'heure. Il cherche à le remon-