TROISIÈME PARTIE
ter OU à en sortir, mais en vain. Il file avec la rapidité d'une flèche, et voit courir devant lui les arbres de la route. Il tente d'aborder; mais la rive, mangée par le courant, ne présente qu'un talus escarpé. Il s'accroche aux rochers qui la bordent par endroits : leur surface humide et polie glisse sous ses mains crispées. Ses efforts n'aboutissent qu'à la fatigue. Enfin, il rencontre une branche qui pend dans l'eau. I! la saisit convulsivement, s'y cramponne et commence à s'élever vers la terre. Déjà il se croit sauvé quand la branche casse. Sa dernière ressource vient de lui manquer et ses forces sont épuisées. Plus d'espoir. Une prédiction réalisée prouve la justesse des autres. Tout est dit. Il faut périr. Le malheureux se laisse aller à la dérive, nageant au hasard, pour retarder la mort qu'il ne peut plus éviter. Et pendant que , emporté vers l'abîme qui va bientôt l'engloutir, il assiste au spectacle de sa propre agonie, il tourne un regard de désespoir vers la plage qu'il n'aurait pas dû
quitter et qui s'enfuit à l'horizon , vers le berger qui contemple, immobile et morne, ce naufrage qu'il a voulu prévenir et qu'il ne peut plus empêcher. Il maudit et sa folle imprudence et son obstination plus folle encore, et les tentations de la perfide naïade, et jusqu'au pasteur dont les conseils n'ont fait que doimer à ses regrets l'amertume du remords.
Telle était la situation de Marcel.
La trahison d'Agathe venait de lui ouvrir les yeux; et il avait trop tard reconnu la vérité.
Il songeait, avec un âpre repentir, à ces douces habitudes de son enfance abandonnées pour les hasards d'une liaison étrangère, au calme heureux de ce passé d'hier qui était déjà si loin ; mais il sentait en même temps qu'une fatalité invincible l'empêchait de retourner en arrière.
Accoutumée déjà à des sentiments plus ardents, son àme ne pouvait plus se contenter des affections de famille. La passion,