DEUXIEME PARTIE
tière, je cessai de croire que ma mère pût mourir. Cependant, en approchant de la maison, il me sembla remarquer dans la tenue du jardin un air de négligence et d'abandon ; mais je m'expliquai cela par la maladie même de ma mère.
On arrive devant la maison, dont les volets étaient fermés. Avant que la voiture s'arrêtât, j'étais descendu. Je cours à la porte; je frappe doucement par prudence. Pas de réponse. Je frappe une seconde fois, mais en vain, comme la première; je frappe plus fort encore, toujours plus fort : rien. J'appelle, je crie :rien. Alors une terreur désespérée s'empare de moi. Je me mets à courir comme un insensé autour de la maison, en poussant des hurlements plaintifs ; puis, je m'arrête, gardant un morne silence. Un vague espoir vient me ranimer. Je pense que ma mère peut s'être endormie et la garde-malade avoir profité de son sommeil pour s'absenter. Je franchis la haie d'un bond ; je saisis une forte bêche, je soulève la n. 2
porte qui donnait sur le jardin, el je la jette en dedans. J'entre : partout le silence et l'obscurité. Je cours h tâtons vers la chambre de ma mère; j'ouvre la porte : toujours l'obscurité. J'appelle ma mère. — C'est moi, moi, ton fils, lui dis-je. — Toujours le silence. J'ouvre la fenêtre, je pousse les volets. Ma mère n'était pas là. Les rideaux et les draps de lit étaient enlevés. Je ne puis vous dire l'effet que me produisirent ces matelas dépouillés. Je parcours toute la maison, toujours appelant, toujours cherchant, toujours en vain.
Oh! qu'il faut de temps à l'espérance pour mourir !
Je m'imaginai que notre ami pouvait avoir fait transporter ma mère chez lui, pour la mieux soigner. Sans prendre soin de rien refermer derrière moi, je me mis à courir vers le milieu de la ville. En passant devant le cimetière, je rencontrai un fossoyeur que je connaissais. Je ne voulais pas l'interroger j mais je ne pus m'empêcher de le re-