‹ Marcel (volume 2)Chapitre 74 sur 128 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

n'y a que les renégats qui brûlent ce qu'ils ont adoré.

Marcel n'eût jamais voulu étaler devant des yeux étrangers ni les misères de son cœur ni les turpitudes de sa maîtresse.

Il était donc obligé de porter seul le poids de son désenchantement et de sa tristesse. Du reste, il fuyait les distractions au lieu de les chercher, et se complaisait dans l'isolement. On eût dit qu'il craignait d'être dérangé dans le travail de sa souffrance.

Jl passait la plus grande partie de ses journées loin de la Maison-Fleurie. Tantôt il allait s'asseoir dans un endroit écarté de la baie, et y restait des heures entières, fixant de mornes regards sur ces bords vides de son bonheur, évoquant le fantôme de ses espérances mortes , écoutant la plainte de ses souvenirs; tantôt il s'enfonçait dans la campagne, avançant au hasard, précipitant sa marche, comme pour s'échapper à lui-même; tantôt encore il s'élançait au milieu des rochers , montant et descen-

dant tour h tour, côtoyant les précipices, risquant sa vie h plaisir, souriant au danger et cherchant le repos dans l'épuisemenl. Parfois, quand le temps était mauvais, il se jetait dans une barque qu'il poussait loin delà terre, et, se couchant au fond, les yeux attachés sur les brunies du ciel, il se laissait ballotter par les vagues; ou bien, monté sur un cheval vigoureux, il longeait le rivage en galopant contre le vent qui lui lançait h la face des tourbillons d'écume. Alors, dans l'emportement d'un ent'iousiasme sauvage, il mêlait ses cris aux mugissements des flots déchaînés : associant le tumulte de son âme aux agitations de la nature, il empruntait la voix de la tempête pour exhaler sa douleur.

De retour au logis, il se renfermait dans un silence farouche et assistait à la vie de la famille sans y pia-ticiper. hidiirérenth tout ce qui l'.'ntourait, il semblait avoir oublié son âme quelque part.

Rien d'ailleurs ne venait troubler le calme

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